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- Les évangéliques, fous de Jésus (Le Monde 24.12.2005)
- Une Méga Church à la Française (Réforme du 21.10.2004)
- Le supermarché de Dieu (L'Alsace du 21.04.1996)
- L'imposition des mains pour guérir du SIDA ! (L'alsace
du 21.07.1997)
- Alain Juppé met en
place l'Observatoire des sectes (DNA du 13.11.1996)
- États-unis : les vigiles de la prière (DNA du
13.11.1996)
- Des sectes charismatiques (DNA du 26.06.1996)
- Les charismatiques sont-ils sectaires ? (DNA du
26.06.1996)
- Sectes :
L'impuissance publique (Le Point du 17.09.1999)
- Ekstase im Supermarkt Gottes in Mulhouse-Bourtwiller (Zeitung
du 03.01.2001)
- Les "miracles"
de la POC (L'Express du 20.06.2002)
- Le pari de l'unité (L'Alsace du 18.02.2001)
- Porte Ouverte
Chrétienne : Une association de Victimes (L'Alsace du 05.02.2000)
- Porte ouverte aux excès (New's Dill de 07.1999)
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Le Monde du 24 Décembre 2005 |
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Les
évangéliques, fous de Jésus
D'abord, saluer le voisin, un "futur frère du ciel", l'embrasser "sous
le regard du Seigneur". Puis répéter les refrains qui défilent sur des
écrans géants, chanter à tue-tête des hymnes et des louanges, balancer
le corps, claquer des mains. La sono couvre à peine le "parler en
langues", suite de mots et de sons inarticulés qui enfle pour invoquer
l'Esprit saint.
Le pasteur Samuel Peterschmitt bondit sur scène. Quarante et un ans,
cheveux courts et gominés, costume et cravate verts. Cet autodidacte
sans formation théologique est l'un des meilleurs prédicateurs
évangéliques de France. Il exerce à la Porte ouverte chrétienne de
Mulhouse (Haut-Rhin), la plus grande megachurch bâtie sur le modèle
américain, une affaire juteuse dont il a hérité de son père, Jean, un
mennonite (anabaptiste). Ce soir, 3 000 fidèles remplissent un ancien
hypermarché, racheté à bon prix, dans la banlieue de la ville.
Samuel Peterschmitt sait tout faire. Il chante et danse près d'accortes
jeunes choristes. Micro à la bouche comme un crooner, il arpente la
scène, ferme les yeux de manière extatique, chasse les démons. Il
séduit, envoûte, électrise, magnétise : "La Bible m'a dit...", "Dieu m'a
dit...". Et la foule, comme un seul homme, répond : "Amen." "Jésus est
là parmi nous, prêche-t-il. Il est là pour chasser les démons, pour que
les malades soient guéris, les pécheurs pardonnés." Il prie pour que la
France prenne le "chemin de la repentance", pour les hommes politiques
qui votent des "lois iniques", pour la société qui vit "dans le
marasme". Il en appelle au respect du corps contre la pornographie, de
la famille, des couples normaux, c'est-à-dire hétérosexuels. La foule
s'agite, trépigne, chante en boucle : "Son sang m'a purifié, je le
crois, je le crois... Mes fautes sont lavées par la croix, je le crois,
je le crois."
D'autres prédicateurs prennent le relais. Comme Jacques Elbaz, juif
converti, venu de Jérusalem : "Jésus revient bientôt, mais attention, le
démon ne chôme pas. Portez tous le casque du salut." En Israël et en
France, les juifs sont confrontés au "royaume des ténèbres". Il hèle son
auditoire : "Est-ce que ce sont les juifs qui ont transpercé Jésus sur
une croix ?" La foule hurle : "Non. Ce sont les Romains !" Les militants
sionistes, un badge "Juifs pour Jésus" sur leur tee-shirt, exultent : "
Nous voulons qu'Israël soit sauvé. Nous voulons que la France soit
sauvée."
Deux heures déjà que la transe dure. Suivent des témoignages de
guérison. Samuel Peterschmitt toise la foule : "Qui a besoin, ce soir,
d'être sauvé ? Qui a besoin d'une délivrance ? Qui souffre d'une
dépression ? Qu'il lève la main, sorte des rangs et approche." Des mains
se lèvent. Cardiaques, migraineux, cancéreux sont invités à mettre leur
main sur la zone souffrante de leur corps. Des pasteurs imposent leurs
mains sur la tête. La foule des fidèles se serre et prie.
La Porte ouverte chrétienne de Mulhouse n'est que l'une des vitrines
d'un courant "pentecôtiste" qui s'étend, mord sur les Eglises
traditionnelles (catholique, réformée, luthérienne, etc.), progresse en
terres protestantes (Alsace, Midi, région parisienne), déroute les
pouvoirs publics tentés de l'assimiler à une secte. L'arrivée en France
des évangéliques n'est pas récente, mais, de 50 000 après-guerre, ils
sont aujourd'hui près de 400 000, et forment la composante la plus
nombreuse du protestantisme. Ce modèle "pentecôtiste", le plus
spectaculaire, est de loin celui qui progresse le plus, au détriment des
Assemblées de Dieu, plus austères et puritaines.
Cette galaxie évangélique met l'accent sur la conversion, le
fondamentalisme biblique, répondant à un besoin de consolation, de
convivialité, de guérison. Des traits y sont hypertrophiés : le charisme
du pasteur exorciste et thérapeute ; la vision binaire du monde (purs et
corrompus) ; la méfiance envers la société moderne et tout oecuménisme ;
la défense du peuple juif appelé à se convertir le jour du retour du
Christ annoncé dans l'Apocalypse. Enfin la fréquence des "engagements" :
la megachurch de Mulhouse est une ruche débordant de réunions de prière,
d'évangélisation, d'action sociale, de formation biblique, de missions,
etc.
Ses prédicateurs sourient des articles de journaux sur le "péril
évangélique", qui aurait traversé l'Atlantique. "Les gens viennent chez
nous sans désir de conquête, mais parce qu'ils ne se sentent pas jugés.
Jésus n'est pas venu pour nous juger, mais pour nous sauver", dit un
animateur de la radio évangélique Phare FM, qui diffuse des témoignages
de guérison toute la journée.
Jean-Daniel Peter a été exclu de l'Eglise réformée de France parce qu'il
"rebaptisait" des adultes (les évangéliques ne reconnaissent pas le
baptême des nourrissons et baptisent par immersion). Il exerce désormais
en Belgique : "Je trouve dans les assemblées évangéliques des fruits de
conversion et de guérison qu'on ne trouve pas dans les autres Eglises,
trop rationalistes."
"L'avenir est devant nous, assure Jean-Pierre Riche, président de la
Fédération des Eglises du plein Evangile de France. Nous apportons des
réponses paisibles à tous les problèmes de la société." Soif de Dieu ?
"Notre Dieu n'est plus le Dieu lointain d'autrefois. Chez nous, il n'y a
pas de différence entre ce qu'on voit, ce qu'on sent, ce qu'on croit",
répond-il. La famille malmenée ? C'est un thème-clé des évangéliques,
qui déclarent la guerre à une télé dominée par l'"idéologie du RAF" (Ruquier-Ardisson-Fogiel)
! "On avalise la décadence au nom de la liberté, déplore Samuel
Peterschmitt. Il y en a assez d'entendre dire que le divorce n'a pas de
conséquences sur les enfants."
Président des Associations familiales protestantes (AFP), Pierre-Patrick
Kaltenbach fait son miel dans ces milieux évangéliques. Il se bat pour
qu'ils soient reconnus par les pouvoirs publics, s'étonne que le maire
de Mulhouse, Jean-Marie Bockel, s'obstine à ne pas recevoir la Porte
ouverte chrétienne : "Il y a discrimination quand on finance des
mosquées et pas un temple, quand on permet au Coran de sortir dans les
rues et pas à l'Evangile", dit-il. Combat loin d'être gagné, car les
évangéliques suscitent une répulsion proportionnelle à leur succès.
Les autres Eglises, protestantes et catholique, sont consternées. Dans
le sud de l'Alsace, elles perdent leurs fidèles au profit de la Porte
ouverte, dénoncent les dérives sectaires, le "trust familial" des
Peterschmitt, les divisions dans les couples, la culture américaine
qu'on tente d'importer. "Ces gens-là n'ont plus rien à voir avec le
protestantisme français, explique le pasteur Philippe Aubert, président
du consistoire de l'Eglise réformée de Mulhouse. Dans la société
laïcisée, les gens ont sans doute besoin de symboles, de mystère et de
certitudes. Mais, là, on nage en pleine idolâtrie et en plein
néopaganisme."
Henri Tincq |
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Réforme du 21
octobre 2004 |
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Une Mega
Church à la française
S’inscrivant dans la mouvance pentecôtiste, la Porte ouverte
chrétienne (Poc) draine aujourd’hui près de 1 500 personnes chaque
semaine. Un succès qui ne lève pas totalement les réserves qui pèsent
sur elle depuis son origine.
Seuls, en couple, en famille, les fidèles affluent. Plus d’un millier,
comme chaque semaine. Tous les mardis soir, la Porte ouverte chrétienne
(Poc) de Mulhouse tient sa réunion de prière. Le lieu, d’abord. Il crée
une vraie surprise. A Bourztwiller, un quartier où vit une population
d’émigrés, un ancien supermarché a été transformé en lieu de culte. Une
immense croix a été posée sur le bâtiment, sorte de cube comme on en
voit beaucoup dans les zones commerciales, à l’entrée des villes.
Devant, un vaste parking. Il n’est pas rare que les fidèles de la Poc
viennent de loin.
La réunion de prière commence par un long moment de louange, mené par
Samuel Peterschmitt, le fils du fondateur. En costume et cravate, armé
d’un micro, il arpente la scène-estrade, occupée par un groupe de
choristes et un orchestre. « Samy », comme on l’appelle familièrement, a
un don indéniable d’animateur. Il entonne quelques vieux gospels,
établit une complicité avec l’assemblée, lance des boutades, raconte une
ou deux anecdotes intimes. Très vite, la salle, résolument pentecôtiste,
s’enthousiasme, se met à parler en langues. Puis les Peterschmitt, père
et fils, révèlent des « paroles de connaissances » – dans les mouvements
pentecôtistes, il s’agit de visions privées réputées inspirées par Dieu
et rendues publiques – qui annoncent promesses de guérison ou de
bénédiction à des personnes présentes dans l’assistance.
Une bible électronique
Créée dans les années 80 par Jean Peterschmitt, « papa Jean » comme le
surnomment ses fans, mennonite d’origine, la Poc a pris son véritable
essor il y a une dizaine d’années. Suspectée de dérives, elle s’est
retrouvée très vite au centre d’une vigoureuse polémique. « Le succès de
la Poc repose sur le charisme de guérison de Jean Peterschmitt et le
talent d’organisateur de son fils, Samuel. », estime John Tressel, un
baptiste américain installé à Mulhouse.
Président de la Fédération des Eglises évangéliques baptistes (FEEB),
membre de la Fédération protestante, Daniel L’Hermenault fréquente
lui-même la Poc et connaît bien ses dirigeants. « Le Seigneur est bon.
C’est cela la théologie de Jean Peterschmitt. Il a un vrai don de
guérison et je ne doute pas de sa sincérité, ni de celle de son fils ».
La Poc, une Mega Church à la française ? Par la taille, certainement. A
ses cultes et réunions de prière, elle draine, selon des estimations
fiables, entre 1 200 et 1 500 personnes, issues principalement de milieu
catholique. Petit à petit, la Poc a créé un certain nombre de services
annexes. Moindre certainement que dans les Mega Churches américaines,
mais tout de même…
Dans un petit local attenant à la salle de culte, une « librairie
chrétienne » propose ouvrages de piété, cassettes vidéo ou audio de
prédicateurs… La Poc dispose aussi d’une petite régie de télévision. Les
cultes et les réunions de prière sont filmés. Par la suite, des
cassettes seront éditées. Classiquement, elle propose aussi des
permanences sociales, un vestiaire… Plus surprenant, il existe aussi à
la Poc une association sportive, avec équipe de foot à la clé !
Manifestement, la Poc vit grâce à l’implication de nombreux bénévoles.
Sur les murs de la vaste salle de prière qui contient 1 900 places, on
voit des plannings de service. Pour le ménage, pour le parking… Il n’y a
que les cinq pasteurs, selon Samuel Peterschmitt, et une secrétaire à
être rémunérés. « Mon salaire est de 1 300 euros par mois », affirme ce
dernier qui s’est vu confier par son père, il y a quelques années, les
rênes. « La Poc vit des offrandes de ses fidèles. » Quelques troncs sont
disposés discrètement près de la porte d’entrée. L’un d’eux est destiné
à recueillir des fonds pour un projet d’agrandissement des bâtiments.
Au-dessus, sur le mur, sont affichés les plans de l’architecte.
« Ce que fait la Porte ouverte, peu d’Eglises en France pourraient le
faire », reconnaît John Tressel. Comme chaque année, en octobre, elle a
accueilli la pastorale d’automne des pasteurs et responsables
évangéliques. Entre trois et quatre cents personnes, au bas mot, venues
de toute la France. Au printemps prochain, elles se retrouveront à
nouveau à Grenoble pour leurs journées de formation. Ces deux sessions
sont organisées chaque année par l’Association spirituelle et
fraternelle (ASF) qui regroupe, en France, les Eglises évangéliques de
la mouvance charismatique et pentecôtiste. Tout autour de la salle de
culte, des stands divers et variés sont installés à cette occasion : des
petits éditeurs de livres ou de cassettes, le Comité protestant pour la
défense de la dignité humaine (CPDH), qui s’est fait connaître pour ses
positions anti-avortement, les promoteurs d’une ambassade chrétienne à
Jérusalem, des « chrétiens sionistes », comme ils se présentent
eux-mêmes. « Les rassemblements de l’ASF sont l’occasion de nous
retrouver, de nouer des contacts », reconnaît Florent Rochat,
responsable du CPDH. Un peu à la manière des assises de la Fédération
protestante. Mais version pentecôtiste et deux fois par an.
Cette année, l’invité vedette est Ted Haggard, l’un des principaux
leaders évangéliques américains, fondateur d’une Mega Church dans le
Colorado et président, depuis 2003, de l’Association nationale des
évangéliques (NAE) qui regroupe une cinquantaine d’Eglises aux
Etats-Unis (1). Au premier rang de l’assistance, il relit studieusement
ses notes. Avant que celui-ci n’intervienne, « Samy », en bon animateur,
a chauffé la salle. D’abord, il a demandé à Kobia, une jeune
intellectuelle algérienne convertie au christianisme, de venir témoigner
sur scène. Car la Poc soutient des missions d’évangélisation en Kabylie.
Des pasteurs qui œuvrent là-bas sont présents dans la salle. Samuel
Peterschmitt les fait applaudir vigoureusement. Puis il appelle sur la
scène-estrade celui qu’il présente « comme un juif américain qui a
rencontré Jésus ». Portant barbe et d’une corpulence honorable, celui-ci
est revêtu d’une kippa et du thalit, le châle de prière des juifs. Il
les enlève avant de monter sur scène. D’un geste discret à la régie, il
fait lancer une bande-son et chante un hymne. En play-back ? Difficile
de savoir.
Puis c’est au tour de Ted Haggard. Le matin même, il a longuement
raconté son parcours aux pasteurs et responsables. Au cours de la
réunion publique de prière, il assure la prédication. Résolument
moderne, il a remisé au placard sa bonne vieille bible. Pour retrouver
les versets bibliques dont il a besoin pour illustrer son propos, Ted
Haggard sort de sa poche une bible sur support électronique. La salle
est bourrée à craquer. Au moins deux mille personnes, beaucoup issues de
milieux populaires. Sur scène, le leader américain développe une long
discours politico-religieux, chantre du libre-échange, créateur de
prospérité, selon lui, prophète du « clash des civilisations », apôtre
de la lutte contre les régimes totalitaires, notamment musulmans… La
salle écoute sagement. Quelques-uns désertent ; de plus en plus nombreux
tandis que l’heure avance. Parmi les pasteurs évangéliques réunis à
Mulhouse, les propos de Ted Haggard ne font pas l’unanimité et ils
l’expriment. Sans animosité, en privé…
(1). Réforme publiera la semaine prochaine une interview exclusive de
Ted Haggard. Le leader évangélique y développe son approche
politico-religieuse.
Les « limites » du protestantisme
Qu’en est-il aujourd’hui de la polémique suscitée par la Poc ? Une
association de victimes, l’Avipoc, est toujours active. Pour y voir
clair, la Fédération protestante de France, à laquelle la communauté
mulhousienne souhaitait adhérer, a commandé, elle, un rapport. Des
dérives ? Philippe Levallois, responsable du service « Evolutions
religieuses et nouvelles religiosités » à l’archevêché catholique de
Strasbourg, estime qu’il y en a eu effectivement. C’est à lui, en effet,
que se sont adressées les premières personnes qui ont mis en cause la
communauté pentecôtiste. « C’était à l’époque où la Poc prenait son
envol », ajoute-t-il. Au début des années 90, donc. « Des prêtres
catholiques qui voyaient leurs ouailles partir se plaignaient. J’étais
interpellé pour donner mon avis », explique-t-il. Toutefois, il demeure
discret sur le nombre des plaintes et leur contenu précis. « Elles
étaient d’ordre financier, affectif, fusionnel, mais il n’y avait rien
qui relevait du pénal ». Aujourd’hui, il estime que les milieux
évangéliques ont opéré, à la Poc, une régulation salutaire.
Un avis qui n’est pas unanimement partagé. A Mulhouse, les responsables
de l’Eglise réformée d’Alsace et de Lorraine (ERAL) demeurent, eux, très
circonspects et sont toujours opposés à une entrée de la Poc à la FPF. «
Il y a plusieurs choses qui me dérangent, explique ainsi Michel Cordier,
pasteur de la paroisse Saint-Étienne, en centre-ville. En premier lieu,
c’est le côté religion-spectacle. Puis, il y a aussi ce recours en
permanence aux signes. En fait, il faut attendre pour voir comment la
Poc va évoluer. Va-t-elle constituer une véritable Eglise chrétienne ?
Ou bien devenir un groupe dissident, à la manière des Mormons ? »
« Je ne me situe pas par rapport à la Poc mais par rapport à la
Fédération protestante de France, plaide, pour sa part, Philippe Aubert,
président du Consistoire de l’ERAL de Mulhouse. Je veux bien admettre
une certaine souplesse. Mais où place-t-on la limite de ce qui est
protestant et de ce qui ne l’est pas ? Je pense que cela pourrait être
un débat interne au protestantisme français. »
Bernadette SAUVAGET
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L'alsace
du 21 avril 1996 |
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Le supermarché de Dieu
Plus de 1500 adeptes de la Mission du Plein Évangile se réunissent
chaque dimanche
dans une ancienne grande surface de Mulhouse-Bourtzwiller. Une secte ?
Non, se défendent ses pasteurs.
Mais aujourd'hui d'anciens membres accusent...
Le pasteur Jean Peterschmitt, un ancien confiseur ambulant de Pfastatt
qui est aujourd'hui, avec son fils Samuel, à la tête de la Mission du
Plein Évangile ou Porte ouverte chrétienne à Mulhouse-Bourtzwiller,
raconte comment il a été gagné par la foi en Jésus-Christ dans un livre
intitulé « Maintenant mon oeil te voit ».
Il y détaille, dans un style saint-sulpicien, comment l'amour de Dieu
peut opérer les choses les plus extraordinaires. Guérir, par exemple. De
la stérilité, de l'eczéma, des ulcères variqueux ou du bégaiement. Mais
aussi du cancer. Restaurer les couples en perdition. Refermer les portes
de la mort. Et libérer de l'homosexualité.
Dans les publications de l'Église du Plein Évangile, le pasteur Jean
Peterschmitt se félicite que ce livre, « à la fois autobiographique et
riche d'enseignement », ait «déjà été une bénédiction » pour plus de
6000 acheteurs, « Alléluia ! ».
Autre nouvelle qu'annonce le numéro de septembre 1995 d'« Entre-nous!»,
la lettre d'information de la Porte ouverte chrétienne Mulhouse :
l'obtention des permis de construire « pour l'agrandissement et
l'aménagement de nouvelles salles » dans l'ancien supermarché Suma de
Bourtzwiller qui est, depuis sept ans, le siège de l'Église pentecôtiste
et dont « la capacité d'accueil sera portée à 2500 places ».
Pour la famille Peterschmitt, partie de « trois fois rien » dans les
années 70, que de chemin parcouru ! 300 places dans une première salle à
Pfastatt, puis 800 rue DMC à Mulhouse, ensuite 1600 rue de Kingersheim à
Mulhouse-Bourtzwiller, et maintenant la perspective de 2500.
Une ancienne adepte de Mulhouse, Jeanne Ferrari, a, elle, moins de
raisons de se réjouir. Elle vient de porter plainte auprès du procureur
de la République de Mulhouse « pour abus de confiance à l'encontre de
Monsieur Samuel Peterschmitt qui se proclame pasteur... ».
Parallèlement, d'autres anciens adeptes « pour qui les Peterschmitt
représentaient Dieu vivant » se révoltent. Le récit qui suit, en trois
parties, pourrait s'intituler « Le Pasteur », « les adeptes qui croient
» et «ceux qui n'y croient plus»...
1) LE PASTEUR : « NOUS NE SOMMES PAS DES EXTRA-TERRESTRES»
Premier son de cloche : ce que dit Jean Peterschmitt, né en 927 en
Haute-Saône et que nous avons rencontré à son domicile de Pfastatt il y
a quelque temps déjà (c'était le 7 février 1994), en compagnie de son
fils Samuel, rue Haeffely.
L'interview recueillie alors est un témoignage brut de décoffrage qui
n'a rien perdu de son actualité.
« J'ai commencé il y a une trentaine d'années à Thann. J'étais confiseur
en gros et au cours de mes tournées, il m'arrivait de prier ici et là
avec mes clients, quand ils me faisaient part de leurs problèmes »,
raconte le pasteur Peterschmitt père. « Ma femme, qui est de religion
catholique, était malade à la mort. Elle souffrait de rhumatismes
articulaires et son coeur flanchait. "Prenez-là à la maison pour ses
derniers jours", m'ont dit les médecins. Un beau jour, j'ai rencontré un
jeune homme, un marin pentecôtiste venu évangéliser. Comme j'étais
ressortissant de l'anabaptisme, je connaissais les Saintes Écritures.
"Pourquoi, m'a-t-il dit, ne mettez-vous pas la Bible en pratique : Jésus
a dit "Imposez les mains aux malades et ils seront guéris". C'est ce
qu'il a fait et ma femme a été guérie. Ma vie en a été changée. C'est à
ce moment-là, en voyant le miracle de ma femme, que j'ai commencé à
prier avec les clients, à approfondir aussi la Bible. Et Dieu a répondu
: il y a eu des guérisons, des délivrances de toutes sortes. Les gens
venaient de plus en plus nombreux. On a commencé à Thann dans une petite
salle de bistrot. Puis certains m'ont demandé : "Pourquoi pas à
Mulhouse?" Rue des Fabriques, j'ai loué une petite salle. Je faisais
toujours mes tournées de confiseur. Je ne savais pas quel nom adopter.
J'ai ouvert les Saintes Écritures et dans l'Apocalypse j'ai lu : «"J'ai
mis devant toi une porte ouverte, que personne ne peut fermer". J'ai
appelé ma mission la Porte ouverte ».
Aujourd'hui, la Mission du Plein Évangile a des lieux de cuite, poursuit
Jean Peterschmitt, «à Bourtzwiller, où nous avons acheté ce Suma en
1988-89 (pour 2,7 millions de francs), à Strasbourg, à Draveil, près de
Paris, à Perpignan, à Cayenne et Kourou, en Guyane. Les miracles sont le
fait de Dieu : des gens libérés de la drogue, de la cigarette, de la
maladie. De tout : hier, j'ai eu le témoignage d'une personne guérie du
sida. La médecine conteste cela mais nous, nous ne sommes pas contre la
médecine ».
L'ancien confiseur ajoute : «Nous n'avons rien d'une secte : il n'y a
pas de gourou, pas de demande d'argent, les gens ont à leur disposition
trois troncs dans l'église. Nous sommes de terriens, pas des
extra-terrestres. Nous faisons partie de la Fédération libre des Églises
du Plein Evangile. Nous sommes déclarés comme association cultuelle, et
à ce titre exemptés des taxes foncières sur les lieux de culte, au même
titre que l'Église catholique».
Les Peterschmitt ont, à Mulhouse, un autre lieu d'expression: les
antennes de Radio-Phare que la Mission partage avec six autres
associations cultuelles, Agapé d'Illzach, les Pentecôtistes de la rue
Neppert, l'Église évangélique de Théo Hamman à Rixheim, l'Arbre de vie,
Pierre vivante et l'Église évangélique de Thann.
« L'explication de notre succès, considère le pasteur Samuel
Peterschmitt (fils), 31 ans, père de cinq enfants, c'est la vérité de la
Parole de Dieu. Les gens cherchent quelque chose d'authentique, des
règles morales, des repères. L'avortement est un meurtre. Nous sommes
contre la pilule du lendemain. Nous nous élevons contre le relâchement
des mœurs : les viols, les meurtres, les gens qui couchent avec des
animaux ou avec leurs enfants. Je prône le retour aux valeurs morales.
Après la dernière guerre, pour beaucoup, la médecine était devenue un
Dieu. Maintenant, c'est la grande déconfiture. Mais nous ne sommes pas
des guérisseurs. Nos réponses sont bibliques. L'homme, disent les
Saintes Écritures, a été sauvé parce qu'il avait la foi ».
Samuel Peterschmitt se dit enfin « surpris par tous ces gens qui se
détournent de la foi pour se tourner vers l'occultisme et l'astrologie
».
Là, dénonce-t-il, « personne ne parle de secte. Pourtant, on leur fait
faire des choses inimaginables».
2) LES ADEPTES QUI CROIENT
Henri, infirmier, a trouvé à la Mission du Plein Évangile « un réveil
spirituel ». Par rapport « à l'Église traditionnelle, témoigne-t-il,
c'est plus vivant, c'est basé sur la Parole de Dieu et ce réveil que
nous vivons à Bourtzwiller se passera ensuite à grande échelle. A
l'époque de ma quête commençait le Renouveau charismatique. En dix
minutes, j'avais trouvé ce que je cherchais depuis des années ».
Henri et sa femme formaient un couple « à la dérive. Le Plein Évangile
nous a sauvés, explique-t-elle. D'abord, pourtant, le côté exubérant
m'exaspérait. Mais ce besoin de louer Dieu, je le ressens aussi
maintenant. Certains nous critiquent: "Se sen vum Peterschmitt sina",
"Ils font partie de la clique de Peterschmitt"...».
Henri, comme infirmier, « n'est pas sceptique devant les guérisons. La
puissance de Dieu, dit-il, est telle qu'il peut faire tomber des gens
sans qu'ils se blessent ».
Autre profil : Gilbert, saxophoniste dans l'orchestre du Plein Évangile.
« Ancien fanatique du Parti communiste, ancien garde du corps de
Krasucki, marxiste au point d'avoir appelé mon fils Yvan. Il y a
quelques années, j'ai été foudroyé par la grâce. A la Porte ouverte,
j'ai été étonné par la faculté d'amour. J'ai pleuré comme un gamin.
J'étais sale en moi-même. Je bringuais, j'aimais le porno, je buvais.
Dieu m'a sauvé ».
3) CEUX QUI N'Y CROIENT PLUS
« Nous avons été grugés. Notre nouveau combat est de faire reconnaître
la Mission du Plein Évangile comme une secte». Ambiance sévère dans une
maison du Bassin potassique, où d'anciens adeptes de la Porte ouverte
accusent aujourd'hui, ouvertement, les Peterschmitt. « Une cour des
miracles en cette fin de vingtième siècle », dit l'un.
« A cause d'eux, je suis devenu une lavette», dit l'autre, qui a tenu
des responsabilités importantes au sein de l'Église évangélique pendant
des années.
« La famille Peterschmitt a abusé de ma crédulité. J'ai été manipulé,
exploité à fond. Aujourd'hui, nous sommes certains que ceux qui gèrent
cette assemblée ont une belle façade, qui leur donne le pouvoir de
manipuler les gens comme nous l'avons été, sans se rendre compte qu'ils
sont dans une secte », se désole un troisième.
Toutes ces familles, aujourd'hui adhérentes du CCMM Centre Ikor, disent
être «revenues d'une cruelle illusion », à l'issue d'un « long
cheminement de prise de conscience ».
Vous avez dit secte ? La Mission du Plein Évangile, contrairement à son
homologue de l'Église évangélique de Pentecôte de Besançon, n'est pas
cataloguée comme telle dans le Rapport parlementaire n°2468 sur les
sectes en France, de janvier 1996.
De passage récemment à Mulhouse, Marie Genève, présidente nationale du
CCMM (Centre de documentation, d'éducation et d'action contre les
manipulations mentales), n'hésite pas, elle, à parler de pratiques
sectaires.
Un point de vue que partage Jeanne Ferrari dans sa plainte contre le
pasteur Peterschmitt. Une première plainte, déposée il y a un an, a été
classée sans suites. Elle place aujourd'hui à nouveau ses espoirs non
plus dans quelque grâce évangélique mais dans la justice.
Lucien NAEGELEN |
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L'alsace
du 21 juillet 1997 |
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L'imposition
des mains
pour guérir le SIDA !
Après la grand-messe de l'aéronautique, celle de la crédulité. Une
dizaine de prêcheurs américains, dont le successeur de Bill Graham, ont
envahi les lieux pour vendre leur salade en multipliant les « guérisons
miraculeuses ». Inquiétant
Depuis lundi et jusqu'à ce soir, le grand hall numéro 2 du Parc des
expositions du Bourget (Seine-Saint-Denis) s'est transformé en une
église évangéliste de 6 000 places. Morris Cerullo, télé évangéliste
américain, et une dizaine d'autres prédicateurs venus du monde entier
ont investi les lieux.
Cette croisade évangéliste suscite l'inquiétude, voire l'hostilité des
élus locaux qui dénoncent « un prosélytisme inquiétant » et demandent
que des mesures soient prises pour interdire à l'avenir ce genre de
réunions.
Une inquiétude d'autant plus justifiée que l'organisateur de cette
manifestation, La Parole de la foi-Evangélisation mondiale, est
répertoriée dans les mouvements sectaires de 500 à 2 000 adeptes par la
commission d'enquête parlementaire sur les sectes.
L'entrée est libre mais une participation financière est sollicitée pour
financer la « croisade évangélique » de Morris Cerullo. Héritier de Bill
Graham, prédicateur californien propriétaire d'une chaîne de TV aux USA
et présent sur Internet, il propose à la vente ses livres, ses cassettes
et facture 85 F son enseignement, dispensé chaque après-midi.
Fascinés
Les organisateurs promettent « aux croyants de toute foi » le salut des
âmes et la guérison miraculeuse des corps. Chaque soir, sur une scène
géante, des missionnaires de différentes nationalités se succèdent aux
micros.
Ils vantent la toute-puissance de Dieu, accompagnés par un orchestre et
des choeurs. Durant cette « grand-messe », les prédicateurs multiplient
les « guérisons miraculeuses » sous les regards fascinés de milliers de
croyants.
« La nuit dernière, on a prié pour deux personnes atteintes du virus du
sida. Elles sont guéries, vous servez un grand Dieu ! », a lancé
mercredi soir Morris Cerullo. « Le royaume de Dieu n'est pas que parole,
il est puissance. Dieu est présent ici ce soir pour détruire votre
douleur », a repris Gary Whetstone, autre prédicateur américain. Il a
demandé aux disciples de mettre leur main gauche à l'endroit de leur
corps les faisant souffrir et de tendre l'autre « vers l'éternel ». La
salle s'est exécutée.
Infection
Invoquant Dieu, il a alors commandé aux tumeurs de mourir, aux
infirmités, à la tuberculose ou aux furoncles de disparaître. Quelques
instants après, « les miraculés » de la séance du jour étaient invités à
monter sur scène pour témoigner. « J'étais sourde à 70 %, j'entends
parfaitement », a affirmé une femme. « J'étais aveugle, je vois », a
repris un jeune Noir. « J'avais une infection des dents, je suis guéri.
» « Le Seigneur est grand, il ne s'occupe pas que des graves maladies »,
a lancé sérieusement une jeune fille.
Alain Vivien, président du Centre d'éducation et de lutte contre les
manipulations mentales, est formel : « Si la crédulité n'est pas un
délit, les pratiques de ces prétendus guérisseurs devraient être
poursuivies pour exercice illégale de la médecine.
Le maire du Bourget, Frédéric Gailland (UDF), et les élus socialistes du
département dénoncent « un prosélytisme inquiétant » et réclament aux
autorités des mesures pour interdire à l'avenir de telles réunions. Le
député-maire de Montreuil, Jean-Pierre Brard (apparenté PCF), ancien
vice-président de la commission d'enquête parlementaire sur les sectes,
demande aux pouvoirs publics d'adopter « une attitude ferme contre ces
redoutables organisations ».
On ne dénoncera jamais assez le danger que représentent ces
charlatans »
Chef du service d'urologie de l'hôpital Necker, le Pr Bertrand Dufour
traite les cancers des voies urogénitales. Il dénonce le danger que
représentent ces pratiques « miraculeuses » pour des malades qui
négligeraient la médecine classique : « Comment peut-on laisser faire de
telles manifestations ? Qui les autorise ? Qui est tellement inconscient
du danger que représentent ces pratiques charlatanesques ?
« Il est toujours possible que se produisent des "miracles". Il existe
dans l'histoire du monde et de la médecine des guérisons jamais
expliquées. Mais on ne voit aucune raison pour que les manipulations de
foules telles que celles qui se produisent dans le parc du Bourget
aboutissent à des résultats tangibles.
Il est toujours bon de donner de l'espoir aux gens, mais toutes les
maladies classiquement connues relèvent de traitements classiques en
fonction de l'état actuel de nos connaissances. A l'exclusion de tout
charlatanisme.
« Cela dit, quand la maladie est trop évoluée, quand on ne peut plus
rien faire, on peut comprendre que le patient se tourne vers des
croyances ou des pratiques religieuses ou extrareligieuses. Mais
seulement dans ce cas-là. Il n'est pas question d'inverser le sens des
choses. Il faut dire et répéter qu'il y a le plus grand danger à se fier
à de telles pratiques avant d'avoir épuisé tous les recours de la
médecine classique. On ne dénoncera jamais assez le danger que
représentent ces charlatans.
Je suis très surpris que de telles manifestations soient autorisées.
Elles ne relèvent même pas de l'exercice illégal de la médecine
puisqu'il ne s'agit pas de médecine à proprement parler mais
d'impositions des mains, de spectacle. »
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nouvelles d'alsace du 13 novembre 1996 |
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Alain
Juppé met en place l'Observatoire des sectes
Alain Juppé s'est rangé à l'avis des parlementaires: en installant
officiellement l'Observatoire interministériel des sectes, il a estimé
hier que l'élaboration d'un dispositif législatif spécifiquement
anti-secte n'était « pas réaliste ».
Proposé par une commission parlementaire en janvier et créé par décret
le 7 mai, l'Observatoire des sectes a été mis en place hier par Alain
Juppé. Devant les membres de cet observatoire destiné à mieux lutter
contre les dérives sectaires, le premier ministre a expliqué qu'il «
n'était pas possible de donner une définition juridique d'une secte ». «
Par ailleurs, a-t-il dit, et ce n'est pas l'obstacle le moins important,
notre démocratie repose sur un certain nombre de principes au rang
desquels figure la liberté de conscience ».
« Un arsenal législatif suffisant »
Pour Juppé, la France « dispose d'un arsenal législatif suffisant pour
poursuivre les sectes qui ne respecteraient pas la loi » et « l'ambition
» du gouvernement « est de faire en sorte que, lorsque la prévention a
été inefficace, de veiller à la stricte application de la loi ». En
janvier, une commission d'enquête parlementaire était parvenue aux mêmes
conclusions : elle ne recommandait pas une législation spécifique sur
les sectes, qui pourrait s'avérer dangereuse pour les libertés, mais une
information et une application plus efficace des lois existantes, ainsi
que la mise en place d'un système d'assistance aux anciens adeptes.
Le rapport faisait d'autre part état d'une liste de « mouvements
sectaires» établie par les Renseignements généraux, soit 172 sectes
regroupant 160 000 adeptes et 100000 sympathisants, sans compter quelque
130000 membres des Témoins de Jéhovah. Soulignant que si les sectes
avaient toujours existé « on assistait depuis quelques années à un
développement inquiétant de leur nombre et de leur activité » en France.
Juppé a cependant insisté hier sur la nécessité d'appréhender ce
phénomène « de manière globale et très pragmatique». Il a également
rappelé aux membres de l'Observatoire que leur mission consistait « à
appréhender et analyser le phénomène des sectes », à informer l'opinion
publique et à lui faire des propositions afin « d'améliorer les moyens
de lutte contre les sectes »
.
Le ministre de la Jeunesse et des Sports Guy Drut a pour sa part fait
valoir que le gouvernement avait "le courage de s'attaquer de front et
en plein jour aux agissements souterrains de certaines sectes". "Oui, le
danger est réel, a-t-il dit, et nous savons qu'il peut concerner jusqu'à
300000 personnes en France".
L'Observatoire des sectes est présidé par le premier ministre. Il
comprend par ailleurs un rapporteur général, le préfet Antoine Guerrier
de Dumast, et 30 autres membres: 18 représentants de différents
ministères concernés, six parlementaires et six personnalités
qualifiées, tous nommés pour trois ans éventuellement renouvelables. Cet
observatoire devra rendre chaque année un rapport au chef de
gouvernement et au Parlement.
Enquête systématique
Le gouvernement a déjà mis en oeuvre plusieurs des recommandations de
l'Observatoire. Ainsi, fin février, une circulaire du ministre de la
Justice a recommandé aux procureurs de « de prendre toute disposition
utile afin que toute plainte ou dénonciation relative à des phénomènes
sectaires soit étudiée avec vigilance et fasse l'objet d'une enquête
systématique ».
Cette circulaire rappelait en outre l'arsenal juridique dont dispose le
ministère public pour lutter efficacement contre les crimes, délits et
infractions qui pourraient être commis dans le cadre de telle ou telle
secte. Elle appelait plus particulièrement l'attention des parquets sur
les textes du code civil consacrant la protection des mineurs :
assistance éducative, maintien des relations avec les grands-parents,
surveillance du respect de l'obligation scolaire.
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nouvelles d'alsace du 13 novembre 1996 |
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Etats-Unis : les vigiles de la prière
Aux Etats-Unis, la prière se coule dans tous les moules possibles :
le téléphone, les autocollants et Internet sont les derniers supports de
la ferveur.
« Prions ensemble, Mary », dit John d'un ton recueilli au téléphone.
John ne sait rien de Mary, sinon qu'elle souhaite que quelqu'un prie
pour elle. Comme John est un « vigile chrétien de la prière », il a
appelé cette dame qu'il ne connaît ni d'Eve ni d'Adam et invoque Dieu
avec elle.
Une maladie, un mari infidèle, un adolescent qui se drogue, un emploi
qu'on sollicite, peu importe la raison. Des milliers de centres de
prêcheurs acceptent les requêtes de prière par téléphone, par
correspondance, voire par ordinateur. Le « Silent Unity Prayer Ministry
», qui reçoit 1,2 million de coups de fil par an, glisse les demandes
dans des paniers aux murs de la chapelle et ses fidèles prient à toute
heure. « Assembly of God » offre les services de ses prieurs bénévoles à
travers une ligne téléphonique gratuite, des textes religieux, des
pamphlets, et même des autocollants qu'on retrouve sur les pare-brise
des voitures.
Prière sur Internet
Un appel sur Internet atteint des milliers de cyber-croisés à travers le
monde. Yahoo (un répertoire d'Internet) a repéré 16 313 sites où l'on
peut déposer une intention de prière. Certains sont locaux, d'autres
mondiaux.
On trouve de tout sur Internet. L'archevêché de New York y parle à ses
ouailles tous les mardis. Les juifs y étudient la Torah. Il y a des
vigiles électroniques pour la Bosnie. On pratique aussi l'échange : tu
pries pour mon fils qui a été brûlé en Ouzbékistan, je prie pour ton
frère qui a le cancer en Ohio...
« Il existe quand même un danger », prévient Quentin Schultze, auteur de
« Internet for Christians». L'anonymat cybernétique incite les gens à se
confier : ils donnent leurs noms ou ceux d'amis en détresse, et cela
peut attirer des escrocs.
Certains groupes de prière sollicitent des offrandes. La « Unity School
of Christianity », dont le centre de prière coûte 9,5 millions de
dollars par an, n'en fait néanmoins pas une condition. La prière vient
du coeur et ne peut être une transaction financière, assure-t-elle. Mais
un « centre de prières » est désormais, pour une Eglise, une association
ou une secte, un moyen d'attirer à elle des fidèles supplémentaires.
Yvette Laudy |
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nouvelles d'alsace du 26 juin 1996 |
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Des sectes
charismatiques
Un livre réquisitoire fait des vagues dans le courant charismatique
de l'Église catholique.
Le Renouveau charismatique a maintenant près de vingt-cinq ans dans
l'Église catholique de France. Il est né en partie du pentecôtisme
américain, mais aussi d'autres sources. Les chrétiens qui s'en
réclament, qu'ils se retrouvent en groupes de prières ou partagent la
vie d'une communauté, insistent sur l'action de l'Esprit-Saint -3e
personne de la Trinité-. Elle peut prendre des aspects spectaculaires
(glossolalie ou « parler en langue », guérison...), mais surtout
transformer la vie personnelle et collective.
En Alsace, la communauté la plus connue est le Puits de Jacob fondé en
1977 par un jésuite, dotée de statuts canoniques, à laquelle appartient
un prêtre diocésain qui y consacre la moitié de son temps de pastorale.
C'est dire qu'elle se veut « dans » l'Église et que le diocèse
l'accueille comme telle.
Mais est-ce qu'en intégrant ces communautés, l'Église de France n'a pas
accueilli aussi leurs travers, leurs dérives ou leurs dangers? C'est ce
que plaide le livre de Baffoy, Delestre et Sauzet, sans mettre aucun
point d'interrogation derrière leur sous-titre : « Des sectes dans
l'Église catholique ». Plusieurs témoignages de déçus du Renouveau,
parfois touchants, et une série d'analyses sociologiques, vient
argumenter en ce sens : à travers l'apparente fraternité retrouvée de
l'Église primitive, et sous le couvert de l'effusion de l'Esprit,
fonctionnerait bien souvent une sordide mécanique d'aliénation, tout à
fait apparentée au monde des sectes.
L'aveuglement des évêques
Les témoins évoquent par exemple la dépendance économique,
psychologique, spirituelle, de l'adepte à la communauté. Ils critiquent
le pouvoir sans partage du « Berger » -le guide d'une communauté-.
Surtout ils dénoncent l'aveuglement des évêques qui ignoreraient ce qui
se passe vraiment dans des groupes auxquels ils accorderaient trop
facilement leur «label».
Les naufragés de l'Esprit est un ouvrage assez mal ficelé. Difficile à
lire pour les non-initiés, il accumule les allusions vagues aux acteurs
et aux courants charismatiques. Il en dit trop ou pas assez et laisse
une impression de malaise. Le procès est peut-être juste, mais la
plaidoirie laisse perplexe -et on y règle des comptes-. Peut-être cela
tient-il au caractère émietté de la préparation de ce livre.
L'Alsacien Philippe Levallois, secrétaire de la délégation diocésaine
spécialisée, y a donné une contribution sur les rapports entre
l'épiscopat et les communautés charismatiques. Il y prône « un processus
d'intégration diocésaine » en soulignant que les communautés « peuvent
être une chance pour l'Église locale, à condition de consentir que
l'Église locale soit leur chance». Une solution peut-être pour éviter
les micro Églises, closes et opaques, où peuvent en effet fermenter les
bactéries sectaires.
Jacques Fortier
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nouvelles d'alsace du 26 juin 1996 |
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Les charismatiques
sont-ils sectaires ?
Son titre, « Les naufragés de l'Esprit ». Son sous-titre « Des sectes
dans l'Église catholique ». Écrit par trois anciens membres des
mouvements charismatiques, ce livre, qui vient de paraître au Seuil,
provoque une vraie polémique. Les communautés du Renouveau
contre-attaquent. Les évêques de France prennent position. Les pièces du
débat, avec Béatrice Houchard et Jean-Pierre Manigne.
Les communautés charismatiques sont-elles des sectes qui ne disent pas
leur nom ? Au départ, il y a les témoignages inquiétants, voire
accablants, d'une quinzaine de personnes, anciens membres du Chemin
Neuf, du Pain de Vie, du Lion de Juda ou de la Sainte-Croix. Ils ont été
recueillis et mis en forme de façon assez brouillonne (récits,
entretiens, analyses) par Thierry Baffoy, Antoine Delestre et Jean-Paul
Sauzet, eux-mêmes anciens membres de communautés charismatiques. Les uns
et les autres expliquent les excès qui les ont amenés à revenir à des
pratiques religieuses plus habituelles. (Voir le récit qu'en fait
Jean-Pierre Manigne).
Scandale garanti, succès aussi ?
Mais un livre est destiné à se vendre. Et le titre retenu n'était sans
doute pas assez accrocheur. Aussi les éditions du Seuil décident-elles,
malgré le peu d'enthousiasme des auteurs, de le compléter par un
sous-titre : Des sectes dans l'Église catholique. D'abord, avec un point
d'interrogation: on pose la question, mais en laissant planer le doute.
Seulement, à l'arrivée, le point d'interrogation a disparu : le doute
n'est plus permis, on affirme qu'en son sein l'Eglise nourrit des
sectes. Scandale garanti. Succès aussi, peut-être. Depuis une semaine,
200 à 300 livres sont vendus chaque jour.
Pourquoi être passé de l'interrogation à l'affirmation ? Pour des
raisons commerciales, mais aussi juridiques: les avocats de l'éditeur
ont estimé qu'en cas de procès, la cause serait plus facile à plaider si
le point d'interrogation disparaissait. Soit. Pourtant, aucune
communauté charismatique ne figure dans le rapport parlementaire sur les
sectes, publié en décembre 1995. Et au centre Roger-Ikor, qui vient en
aide aux familles des victimes des sectes, on n'a jamais reçu de
plaintes émanant de proches de charismatiques. Mais dans l'opinion,
l'amalgame est fait.
La polémique éclate d'autant plus vite qu'à la suite d'une «bavure» des
épreuves du livre atterrissent, quelques jours avant la sortie en
librairie, dans plusieurs Procure de France, dont celle de Toulouse, où
travaillent des membres du Chemin Neuf. D'ailleurs, celle-ci,
principalement visée, introduit immédiatement un référé devant le
tribunal de Paris en vue de faire insérer dans le livre un message où
elle déclare ne pas être un mouvement sectaire. Mais le tribunal, le
lundi 20 mai a rejeté sa demande tout en reconnaissant que la
qualification de secte pouvait « causer un trouble».
On relativise l'impact du livre
Toujours avant la sortie du livre, la conférence des évêques de France
contre-attaque sous la plume de Mgr Roger Meindre, archevêque d'Albi et
président du comité épiscopal pour le Renouveau et les mouvements
d'animation spirituelle: «Nous ne pouvons admettre, écrit, entre autres,
le père Meindre, qu'on accrédite l'idée qu'il y ait des sectes dans
l'Église catholique (voir encadré). Dans l'entourage des évêques de
France, on relativise l'impact du livre: « Dans les années soixante,
quand un certain nombre de prêtres quittaient l'Église, on n'entendait
qu'eux et on aurait aussi pu croire alors que tous les prêtres
quittaient l'Église. »
L'évangélisation automatique
Mgr Balland, archevêque de Lyon, vole au secours de la communauté du
Chemin Neuf, rattachée à son diocèse : « Là où elle est implantée, elle
accepte les conseils et orientations des évêques et se met au service de
tous sans distinction ni prosélytisme. » Visé, en toute première ligne,
Laurent Fabre, fondateur du Chemin Neuf, contre-attaque sèchement, et
pas seulement devant les tribunaux. D'abord, assure-t-il à La Vie, l'un
des auteurs, Thierry Baffoy, n'est pas un ancien du Chemin Neuf. Faux !
rétorque l'intéressé, qui n'a pas prononcé de voeux mais a participé,
six années durant, à des groupes de prière du Chemin Neuf rue Madame, à
Paris. Ensuite, poursuit Laurent Fabre, deux des couples qui témoignent
dans le livre (l'un ancien du Chemin Neuf, l'autre du Pain de Vie)
auraient souhaité in extremis voir leurs témoignages retirés par les
éditions du Seuil. Enfin, il nie avoir rencontré en Corée, comme l'en
accuse le livre, le pasteur Paul Yonggi Cho, promoteur d'une méthode d’«
évangélisation automatique ». Laurent Fabre et le Chemin Neuf se
réservent de réagir, ultérieurement, par d'autres actions.
Les trois auteurs se défendent aujourd'hui d'avoir voulu régler des
comptes et font face aux accusations dont ils sont l'objet. Pourquoi,
susurrent certains, avoir épargné la communauté de l'Emmanuel, jamais
mise en cause dans le livre ? « Les anciens de l'Emmanuel ne
souhaitaient pas témoigner, répond Thierry Baffoy, mais ils étaient en
phase avec notre démarche. » Accuse-t-on les auteurs de vouloir empêcher
la visite de Jean-Paul II en France, en septembre ? Ils affirment qu'ils
ne partent pas en croisade.
« Notre souhait, explique Thierry Baffoy, était d'ouvrir un débat. En 25
ans, il n'y a eu sur le Renouveau que des écrits favorables. Il n'y
avait qu'un discours dominant, mettant en avant la chance que représente
le Renouveau pour l'Église. Ce livre, c'est la prise de parole de gens
qui reprennent leur histoire et sont propriétaires de leurs analyses. Lu
plupart des témoins sont des chrétiens. Ils ont le droit de critiquer
l'institution ecclésiale. Vous avons voulu ouvrir un débat. »
Le débat est ouvert et même, grâce ou à cause de l'absence d'un point
d'interrogation, ouvert au-delà des espérances des anciens du Renouveau. |
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Le POINT DU 17 SEPTEMBRE SEPTEMBRE 1999 |
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Sectes :
L'impuissance publique
Le récent scandale de Marseille — la destruction de pièces à conviction
concernant la Scientologie — a mis le feu aux poudres. Les réactions,
très alarmistes, de plusieurs personnalités ont révélé l'immense
impuissance de l'État face aux menées sectaires. Enquête.
Psychose au sommet de I'Etat. La destruction, au palais de justice de
Marseille, de pièces à conviction concernant la Scientologie a suscité
un flux d'angoisse parmi les politiques. C'est la Mission
interministérielle de lutte contre les sectes (MILS), présidée par Alain
Vivien, qui, sur papier à en-tête du Premier ministre, tire la première
le 7 septembre : Qui a brisé les scellés ? » accuse un titre en gras, à
la manière d'un film de série B. « La question se pose à nouveau de
savoir si certains services de l'Etat ne sont pas investis par des
organisations sectaires. Une telle question ne souffre pas de réponses
retardées. »
Elisabeth Guigou, garde des Sceaux, ne se montre pas rassurante non plus
: « On sait que ces sectes, l'Eglise de Scientologie en particulier,
sont extrêmement puissantes. Elles sont fondées sur des réseaux
économiques et des réseaux d'argent qui leur donnent des moyens d'action
considérables. Je pense qu'il faut les empêcher de nuire. »
Raymond Forni, premier vice-président de l'Assemblée nationale, se
montre plus accusateur encore : « Cela ne m'étonnerait pas du tout que
cette secte bénéficie de protections, ou possède tout au moins des
relais, des complicités au sein de l'institution judiciaire. Cette
affaire remet pleinement en question la fiabilité et la crédibilité de
la justice. »
Autant de déclarations officielles qui font froid dans le dos. Et, dans
le secret de leur bureau, certains de leurs collaborateurs se montrent
plus alarmistes encore, évoquant infiltrations de l'appareil d'Etat et
lobbying fort efficace des amis des sectes.
Un rapport de 1983
En tenant de tels propos, Elisabeth Guigou, Alain Vivien et Raymond
Forni montrent évidemment leur engagement vigoureux dans la lutte contre
les sectes. Mais, du même coup, ils font la preuve aussi, à leur corps
défendant, de l'impuissance publique qui sévit en ce domaine.
Car ce n'est pas aujourd'hui que le gouvernement découvre l'existence et
la nocivité des sectes. Le premier rapport officiel remis à un Premier
ministre (Pierre Mauroy) date de 1983. Il était écrit, déjà, par Alain
Vivien, alors député, aujourd'hui président de la MILS. Rien, donc, ne
se serait passé en seize ans, rien d'efficace qui ait évité
l'infiltration de l'Etat ? Pourquoi ce décalage entre les déclarations
d'intention et les faits ? Pourquoi cette incapacité apparente de l'Etat
à trouver des ripostes appropriées ?
Car Alain Vivien, Elisabeth Guigou et les autres n'ont pas dramatisé la
situation par inadvertance. Ils pouvaient difficilement faire moins,
alors que l'Etat était, une fois de plus, humilié. En 1996, les
procès-verbaux d'audition de la commission d'enquête parlementaire sur «
Les sectes en France » disparaissent des coffres de l'Assemblée
nationale et se retrouvent entre les mains de groupes favorables aux
sectes. Une « bavure » d'autant plus grave que les témoins étaient
entendus à huis clos, dans le strict anonymat, pour des raisons de
sécurité. Deux ans plus tard, on découvre que deux tomes d'un dossier
d'instruction qui vise la Scientologie ont été subtilisés à l'intérieur
même du palais de justice de Paris sans que la juge d'instruction,
Marie-Paule Moracchini, ait conservé de double des pièces, contrairement
aux règles d'usage. Puis ce fut, l'autre semaine, l' « erreur » de
Marseille...
L'État tétanisé
L'opinion publique est un peu perplexe. Car toutes ces mises en garde et
autres alertes officielles restent bien floues, sont rarement assorties
d'exemples précis ou suivies de résultats concrets. « Les scientologues
ont réussi, dit-on, à infiltrer le cabinet d'un ancien président de la
République sans que cela soit jamais démenti », déclare publiquement
Alain Vivien depuis une semaine. Le journaliste Serge Faubert a révélé
cette histoire dans son livre « Une secte au coeur de la République »
(Calmann-Lévy), en 1993. Il y a six ans. Aucune enquête n'a jamais été
diligentée sur la question.
L'Etat et ses rouages, en vérité, sont comme tétanisés. Ils créent des
institutions spécifiques qui se succèdent sans triompher. Ils veulent
légiférer, mais ne savent trop comment s'y prendre. Ils luttent à armes
inégales avec les sectes sur le front judiciaire et se montrent démunis,
voire apathiques, devant les soupçons d'infiltration. Quand leurs agents
ne sont pas, de surcroît, victimes de tentatives de chantage ou
d'intimidation.
L'Observatoire des sectes, créé en 1996, aura vécu deux ans avant de
périr sous les critiques. Ses membres les plus actifs n'en pouvaient
plus de travailler pour rien, sous le magistère d'un préfet en fin de
carrière, Antoine Guerrier de Dumast, que les phénomènes sectaires ne
semblaient pas passionner. « Le sommet a été atteint à la fin de l'année
dernière, raconte le député maire de Montreuil, Jean-Pierre Brard. Nous
avions pris du temps pour rédiger la définition d'une secte comme groupe
coercitif. Il n'en restait pas trace dans le rapport rendu au Premier
ministre, qui concluait au contraire à l'impossibilité de définir une
secte. » A la suite d'une grosse colère de Matignon, l'Observatoire
s'est dissous pour laisser place à une mission interministérielle que
tous les spécialistes appelaient de leurs voeux. Ils réclamaient aussi
qu'Alain Vivien en soit le président. Tous leurs souhaits ont été
comblés.
Une nouvelle usine à gaz
Près d'un an plus tard, les avis sont déjà plus partagés. La mission
comprend quelques permanents mis à sa disposition par différents
ministères. Elle comporte aussi deux instances périphériques : le
conseil d'orientation, qui réunit quelques personnalités qualifiées, et
la mission opérationnelle, qui regroupe des sommités de tous les
ministères concernés, de l'Education nationale aux Finances, en passant
par l'Intérieur et la Défense.
Les membres les plus remuants du conseil d'orientation n'ont pas mis
longtemps à formuler des critiques. « La dispersion des moyens entre
opérationnels et théoriciens est une chose néfaste », regrette le
docteur Jean-Marie Abgrall, psychiatre, expert près les tribunaux et
spécialiste reconnu des sectes. En d'autres termes, une usine à gaz en
remplace une autre.
Alain Vivien comprend mal les critiques qui sont adressées à
l'institution qu'il préside. « Laissez-nous du temps », demande-t-il,
avant de souligner ses réalisations. « Il y a d'abord la loi sur
l'Éducation nationale votée en décembre dernier, qui permet de renforcer
l'obligation scolaire et de mener des actions de contrôle sur les
établissements hors contrat. Nous avons à deux reprises saisi le
procureur pour abus sur une personne en état de faiblesse. Nous allons
multiplier les séminaires de formation pour les magistrats, les cadres
territoriaux. Nous avons aussi une activité internationale soutenue, au
Conseil de l'Europe et à l'OSCE, où mon secrétaire général a prononcé un
discours très courageux pour dénoncer l'infiltration de certaines
branches de cette organisation par des mouvements sectaires. Je reviens
de Bucarest et de Varsovie, car j'entends développer la coopération
internationale. » Cette mission, que le monde entier, à en croire son
président, nous envie, n'a pourtant pas travaillé une seconde depuis son
installation sur les infiltrations de l'État que ses membres, pourtant,
ne cessent de dénoncer. Elle s'en est tenue, jusqu'à présent, au
noyautage dans l'entreprise et compte distribuer prochainement un petit
guide à l'attention des directeurs des ressources humaines qui
certainement s'en réjouissent déjà.
La manière dont l'État doit agir et légiférer face aux sectes n'est pas
tranchée, tant s'en faut. Faut-il les poursuivre pour escroquerie, pour
mise en danger de la vie d'autrui ou non-assistance à personne en
danger, pour fraude fiscale, comme c'est déjà le cas aujourd'hui ?
Faut-il aller plus loin et définir un délit de manipulation mentale?
Mais, dans ce cas, comment décrire objectivement la pression qu'un
groupe exerce sur une personne, comment décider du seuil au-delà duquel
cette emprise relève du pénal ? Débat inextricable.
Le risque d'amalgame
Faut-il, alors, carrément interdire les sectes ? La question fait bondir
Alain Vivien, pour qui la liberté d'association en France ne permet pas
d'interdire, mais tout au plus de dissoudre, au titre de la loi de 1936
qui servit en son temps contre les ligues factieuses. « Mais attention à
ne pas faire d'amalgame, prévient-il. Ce genre de dispositions ne doit
s'appliquer qu'aux sectes dangereuses. La mission a-t-elle déjà proposé
au gouvernement de dissoudre une secte ? Non.
Des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent pourtant en faveur de la
dissolution. Celle de Raymond Forni, par exemple, qui avait mis en
place, à la fin de l'an dernier, la commission d'enquête parlementaire
sur la situation financière et l'activité économique des sectes : « A
partir du moment où il y a trouble à l'ordre public, il y a motif à
interdire ce type d'activités. Il est nécessaire de frapper ces
organisations à la tête, de s'en prendre à leurs dirigeants, pour
qu'elles ne renaissent pas sous d'autres formes. »
D'autres considèrent qu'avant même de songer à légiférer il suffit
d'agir, tout simplement : « On ferait bien de commencer par récupérer
les 545 millions de francs que les sectes doivent au fisc, comme l'a
montré le rapport de la commission d'enquête parlementaire »,
tempête-t-on à l'ADFI (Association pour la Défense de la Famille et de
l'Individu).
Des avocats procéduriers
L'humiliation étatique résulte aussi d'un rapport de forces judiciaire
inégal entre les pouvoirs et la mouvance sectaire. Contrairement aux
apparences, il est favorable à la seconde. La Scientologie, par exemple,
exploite depuis longtemps tous les recours que la justice a mis en place
pour protéger le justiciable. Disposant de moyens financiers très
importants, elle a à son service les avocats les plus pointus en matière
de procédure, qui parviennent à faire traîner les dossiers parfois
pendant près de dix ans.
Ces juristes, il est vrai, sont bien aidés par le système. Le 14 août
1997, le député de l'Essonne Jacques Guyard s'étonnait, dans un courrier
à Elisabeth Guigou, qu'une plainte pour escroquerie contre la
Scientologie déposée le 27 octobre 1989 à Paris soit toujours à
l'instruction. La ministre invoque par écrit l'« indépendance de la
justice » mais assure avoir « demandé aux services compétents de veiller
particulièrement au bon déroulement de la procédure ». Un an plus tard,
deux tomes du dossier disparaissaient dans la nature.
Le juge Fenech, le premier à avoir mené à son terme une instruction sur
la Scientologie, n'admet pas que les dossiers traînent ainsi pendant des
années, considérant que, malgré les menaces, quand on veut, on peut.
L'institution ne facilite toutefois pas la vie des juges. A Marseille,
les trois magistrats instructeurs qui se sont succédé n'étaient pas
déchargés sur d'autres fronts pour pouvoir défricher sérieusement un
dossier si complexe. A la Chancellerie, on rétorque que l'ère de la
lenteur est révolue : « Cette année, dix-neuf procédures concernant des
sectes, donnant lieu à onze condamnations, ont été bouclées en moins de
six mois », explique Yves Charpenel, directeur des affaires criminelles
et des grâces, qui reconnaît toutefois que les intervenants dans ces
dossiers font souvent l'objet de menaces.
« Les experts, par exemple, n'arrangent pas toujours les choses, assure
Jean-Marie Abgrall. Quand j'ai demandé à être aidé dans l'affaire de
Marseille par trois confrères, ils ont décliné, vraisemblablement par
peur des représailles. »
Car les sectes savent jouer sur tous les registres émotionnels.
Effrayer, mais aussi séduire ou compromettre. « Quand j'étais jeune
juge, j'ai reçu la visite de scientologues. Ils se sont présentés comme
membres d'une association qui luttait contre le crime par des moyens
révolutionnaires, raconte un magistrat. Avec moi, ça n'a pas pris. Mais
cela indique qu'ils doivent essayer souvent. Et pas seulement avec la
haute hiérarchie. Il aurait pu leur être très utile de recruter mon
chauffeur, qui transporte mes dossiers en solitaire. »
Jacques Robert, professeur de droit et membre du Conseil constitutionnel
de 1989 à 1998, n'est pas scientologue. Mais la secte a fait appel à lui
à deux reprises, en 1985 et en 1986, pour qu'il lui donne une
consultation et livre son opinion - favorable - sur la nature religieuse
de la Scientologie. Celle-ci, depuis, ressort les textes savants de cet
universitaire dès que l'occasion se présente, trouvant là un argument de
légitimité inespéré.
La police est une autre cible d'infiltration dont raffolent les sectes.
Un administrateur civil de la Préfecture de police de Paris préside
ainsi une émanation de la secte de Dozulé, répertoriée dans le rapport
parlementaire. Dans le deuxième massacre du Temple solaire, le 15
décembre 1995, on dénombrait parmi les victimes deux fonctionnaires
adeptes de la secte : Jean-Pierre Lardanchet, lieutenant à la Diccilec
en Haute-Savoie, et Patrick Rostan, lieutenant en poste à Paris.
Des témoins rapportent que les deux policiers avaient corrompu des
cadres aux Impôts pour « arranger » des redressements fiscaux. Entendu
le 6 février 1996 par la section de gendarmerie de Grenoble, leur
collègue, le commandant de police Jacques Auverdin, se disait persuadé
que Lardanchet profitait de sa situation pour demander à France Télécom
des coordonnées d'abonnés en liste rouge pour les besoins de la secte.
Dans un rapport à sa hiérarchie, le commandant Gilbert Houvenaghel,
chargé de l'enquête, écrit même : « D'évidence, certains actes
supposaient complicités. » L'Ordre du temple solaire aurait-il infiltré
l'Etat en France?
Les RG infiltrés
L'enquête sur l'affaire du Vercors a relevé que POTS puisait son
inspiration au sein de l'Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix (Amorc),
une association d'origine américaine revendiquant pas moins de 250 000
membres dans le monde. Dans le rapport d'enquête de la commission
parlementaire portant sur les sectes et l'argent, l'Amorc est considéré
comme secte. Or nombre de fonctionnaires de police en font partie. Un
lieutenant du SRPJ de Versailles, qui a témoigné à Genève dans un procès
en diffamation annexe à l'affaire de l'OTS,l'atteste. Lui-même ancien
membre de l'Amorc, Dominique Dubuis, qui a oeuvré par le passé à la
section sectes des RG de la Préfecture de police de Paris, concède : «
Le préposé aux photocopies du service était membre de l'Amorc et, à ce
titre, source d'informations pour la hiérarchie de cette organisation. »
De source policière, « ce genre de sociétés secrètes sont des
passerelles vers les sectes ». Emanation de l'Amorc, l'Ordre rénové du
temple (ORT) recrute parmi les militaires. L'Ordre souverain et
militaire du Temple de Jérusalem (OSMTJ) compte des officiers de l'Otan
dans ses rangs ; c'est ce que révéla un policier français, Roger Facon,
devant la commission d'enquête du Parlement belge sur les sectes. Le
président de la Commanderie française de I'OSMTJ a été un auditeur de
l'Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN). Même les
agents des services de renseignement ont un goût pour ces pratiques. A
la refonte du mouvement templier, en 1952, au château d'Arginy, dans le
Rhône, Roger Wybot, fondateur de la Direction de la surveillance du
territoire (DST) après-guerre, apporta sa contribution. Son père,
semble-t-il, était déjà féru d'ésotérisme. Sur le site d'Arginy,
aujourd'hui encore, des gendarmes viennent s'adonner en cape à des
cérémonies templières. Sans être de notoriété publique, ces informations
sont connues de la haute hiérarchie administrative. Mais personne ne
semble s'en émouvoir et moins encore vouloir remédier à la situation.
Pour compromettre les politiques et leur entourage, l'argent demeure un
vecteur efficace. Un document comptable interne à la secte Mahikari
laisse ainsi penser que cette organisation a versé des dons à droite et
à gauche, et même à la Fondation Cousteau. Le célèbre Mandarom était
également réputé pour ses contributions financières à la vie politique
locale.
Les sectes les mieux organisées possèdent des fiches très à jour sur
tous leurs ennemis influents. Jean Marie Abgrall a plus que tout autre
été persécuté par ces sympathiques organisations. Aux sabotages de ses
voitures et aux menaces de mort s'est ajoutée la délation. « Entre 1989
et 1994, j'ai milité chez les Verts, raconte-t-il. Quand la Scientologie
m'a attaqué, elle a cherché ma thèse de spécialité en médecine. Celle-ci
portait sur la sélection des nageurs de combat en milieu opérationnel.
Ils ont appelé le secrétaire général des Verts pour lui dire que j'avais
fait mon service militaire à Aspretto, et que j'étais donc lié aux
services secrets. »
Quelques années plus tard, Jean-Marie Abgrall est nommé expert dans
l'instruction sur POTS. Cette fois, c'est la mouvance templière qui
s'intéresse à lui. Elle dispose, croit-elle, d'un terrible moyen de
pression : Jean-Marie Abgrall a passé deux ans à l'Amorc, entre 1968 et
1970, avant d'assister à quelques réunions de l'Ordre rénové du temple.
Mais, au grand dam de ses accusateurs, le docteur Jean-Marie Abgrall n'a
jamais caché au juge Fontaine ce passé lointain, qui lui permet
aujourd'hui de mieux comprendre les phénomènes sectaires.
Face à de telles pratiques, les professionnels de la lutte contre les
sectes souffrent d'un grave handicap : la plupart d'entre eux
considèrent que leur mission consiste avant tout à protéger l'individu,
pas à lutter contre ces organisations comme menaces à la sûreté de l'Etat.
Pour opérer leur révolution culturelle, ils pourraient commencer par
lire ces quelques lignes : « Quand vous quittez une position de
puissance, payez immédiatement toutes vos obligations, déléguez le
pouvoir à tous vos amis et partez armés jusqu'aux dents, avec les moyens
de faire chanter tous vos anciens rivaux, des fonds illimités sur votre
compte privé, des adresses de tueurs à gages expérimentés; allez vivre
en Bulgarie et soudoyez la police. » C'est ce qu'écrivait le gourou Ron
Hubbard dans « Introduction à l'éthique de la Scientologie ».
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ZEITUNG
DU 03 JANVIER 2001 |
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Ekstase
im Supermarkt Gottes in Mulhouse-Bourtzwiller
Die christliche Gruppe « Porte Ouverte Chrétienne — Mission du plein
évangile» feiert in einem abgelegenen Supermarktgebäude in Mulhouse
Gottesdienste mit 1000, ja über 2000 Teilnehmern. Kritiker und ehemalige
Mitglieder ähnlicher Gruppierungen sehen in ihr eine «sektenähnliche
Vereinigung ». Sie ist fest in der Hand der Gründerfamilie.
Mulhouse. Lange muss man die kaum beleuchtete «rue Kingersheim»
entlangfahren, bis rechts der ehemalige Supermarkt auftaucht, auf dem
mit grossen Buchstaben steht: « Jesus sagt: ich bin die Tür. Wer durch
mich eintritt, wird gerettet.» Die « charismatische Pfingstgemeinde »
mit Namen « Porte Ouverte Chrétienne – Mission du plein évangile »,
abgekürzt « POC », hat hier, im Stadtrand von Mulhouse, ihren Hauptsitz.
In der neonbeleuchteten Halle im Viertel Bourtzwiller herrscht an diesem
Abend schon hektisches Treiben. Am Empfangstisch werden Kopfhörer
ausgegeben, denn viele Besucher kommen aus Deutschland und der Schweiz.
Für Sie wird simultan gedolmetscht. « So etwas wie hier gibt es in Basel
und Südbaden nicht », sagt Pastor Samuel Petercshmitt.
Braune Kunststoffstühle erstrecken sich, soweit das Auge blickt. Die
nüchterne Halle bietet Platz für 2500 Personen und über 1000 sind heute
gekommen. Die Wände des Altarraums, der mehr eine Bühne ist, schimmern
in zarten Pastelltönen, zwei Musikbands sitzen vor Mikrofonen. Lediglich
ein einfaches braunes Kreuz weist auf den christlichen Charakter der
Veranstaltung hin. Unruhe herrscht, ein gänzlich unfeierliches Kommen
und Gehen, Kinder flitzen herum, obwohl der Gottesdienst beginnt.
Melodiöse Lieder, die an Chansons erinnern und mit E-Gitarre und
Perkussion rhythmisch instrumentiert sind, preisen Jesus Christus, alle
können die an die Wand projizierten Texte mitsingen. Ringsherum wiegen
sich die Menschen, erheben sich, strecken ihre Hände offen nach oben,
schließen die Augen ekstatisch und lächeln glückselig. Zwischendurch
umarmen und küssen sie sich, wünschen Gottes Segen: eine warmherzige,
offene Atmosphäre, die Besucher kennen sich untereinander.
Nach den Liedern verkündet Samuel Peterschmitt, wer in der Gemeinde
erkrankt ist und gibt die Adressen der « Gebetszirkel » der nächsten
Woche bekannt. Dann werden die « Témoignages » vorgetragen: Geheilte,
auch aus Basel, kommen nach vorne und erzählen, wie sie von Krebs, von
Haschischkonsum, von Fußpilz und Liebeskummer befreit wurden.
Unglück trifft oft den Gerechten
« POC » ist eine christlich-charismatische Gruppierung, die sich rühmt,
durch Handauflegen und Beten, mit Hilfe Gottes, selbst schwerste
Krankheiten zu heilen. « Charismatisch » heißt sie deshalb, weil sie von
realen Wundern, Dämonen und Vereinigungen mit dem Heiligen Geist ausgeht
: Teilnehmer des Gottesdienstes verfallen in eine ekstatisch-mystische «
Zungensprache » oder « Glossolalie », die keine Ahnlichkeit mit anderen
Sprachen hat.
In der Predigt geht es um den 73. Psalm. « Beneidet euren Nächsten nicht,
auch wenn er mehr Glück hat », ruft Prediger Claude Greder ins Mikrofon.
« Das Unglück trifft oft den Gerechten. Die Erfolgreichen sind
gottesfern. Erfolg macht arrogant und gotteslästerlich.»
Greder sieht seriös aus, mit Anzug und Schlips, fast wie ein
Versicherungsvertreter, wird auf zwei Leinwänden übertragen und predigt
mit wütender Inbrunst. Seine Zuhörer, von denen viele übergewichtig und
schlecht gekleidet sind, wirken ergriffen, einige schreiben mit. « Gott
stellt den Unfrommen eine falle. Er überlässt sie sich selbst, wie einen
Apfel, der verfault, wenn er nicht gegessen wird. » Greder spricht eine
halbe Stunde, bis zum Schluss das Handauflegen auf dem Kopf der
Trostsuchenden und Kranken, erfolgt – all jenen, die morgen früh
aufstehen müssen, wird sie erlassen.
Sektenähnliche Vereinigung
« POC » hat auch Kritiker. Für Luc Lichtle vom CCMM (Dokumentationszentrum
gegen geistige Manipulation), der die Aktivitäten der « Mission de Plein
Evangile » schon seit Jahren verfolgt, ist die « POC » eine
sektenähnliche Vereinigung. « Jeder hat das Recht zu glauben, was er für
richtig halt », sagt er, « aber wein jemand eine medizinische Behandlung
versäumt, weil ihm göttliche Heilung in Aussicht gestellt wird, ist das
gefährlich ». Die « POC », die sich selbst « Kirche » nennt, ist als «
kultischer Verein » mit Filialen in Mulhouse. Strassburg. Draveil.
Hechingen (Deutschland) oder im französischen Überseegebiet Guyana
organisiert. Sie hat etwa 2000 Mitglieder, etwa doppelt so viel kommen
regelmäßig zu den Gottesdiensten.
Wichtige Rolle der Gründerfamilie
Die « POC » ist fest in der Hand der Familie Peterschmitt: Vater Jean
hat sie vor 30 Jahren gegründet und rief sich zum Pastor aus, nachdem er
in der als Sekte deklarierten Pfingstgemeinde von Besançon getauft
worden war. Die Nachfolge wird sein Sohn übernehmen. dessen Familie
bereits jetzt wichtige Funktionen in der Hierarchie besetzt. « Eine
richtige Mafia. Es ist sehr wahrscheinlich, dass die « POC » ihre
Mitglieder in emotionale und finanzielle Abhängigkeiten bringt», sagt
Lichtle.
Jeder trägt den 10. Teil seines Einkommens bei, am Eingang sind drei
Spendentöpfe aufgestellt, die aufmerksam beobachtet werden. Kontrolle
ist in so einer engmaschigen Gesellschaft sehr einfach: « Die Teilnehmer
kommen oft aus unstabilen Lebenssituationen. Sie richten ihr ganzes
Leben auf die „POC“ aus und isolieren sich immer mehr.» Zweimal in der
Woche findet der offizielle Gottesdienst statt, an den meisten anderen
Tagen werden in Privathäusern Gebetsstunden abgehalten, am Mittwoch gibt
es eine Radiosendung. « Man kann 24 Stunden am Tag nur mit der „POC“
beschäftigt sein », sagt Lichtle : Es gibt Kinderbetreuung. Frauen- und
Männergruppen. eine Fußballmannschaft, Urlaubsreisen. « Oft
kontrollieren sie das Privatleben vollkommen und sprechen sogar
Empfehlungen zur Partnerwahl aus », meint Lichtle. Die « POC » vertrete
christlich-konservative, teilweise reaktionäre Werte: strikt abgelehnt
werden Geschlechtsverkehr vor der Ehe, Abtreibung, die Pille danach,
Homosexualität, Drogen und Alkohol. Die Familie werde über alles
gestellt.
« Aussteiger » berichten, dass die Außenwelt planmäßig dämonisiert werde.
Fernsehen oder religiöse Objekte anderer Kirchen seien verpönt, viel
Biteber und Filme gälten als « Werkzeuge Satans ». Vorgeworfen wird der
Familie Peterschmitt auch, sie fordere zum Spenden von Kleidung und
elektrische Geräten auf. um sie selber zu nutzen.
Philippe M.. ehemaliges Mitglied einer ähnlichen charismatischen
evangelischen Gemeinde, von denen es im Mulhouse etwa 10 und in
Frankreich etwa 170 gibt, engagiert sich heute bei « Info Secte ». « Ich
habe 10 Jahre meine Lebens verloren. Ich wurde finanziell und psychisch
ausgenutzt. Ich habe uns entgeltlich gearbeitet. Ich war eine
Kollektivhysterie verfallen, es war wie Gehirnwäsche», sagt er.
Eine Bibel für Jacques Chirac
Die Vertreter von « POC » verwehren sich gegen die Kritik. Schon lange
kämpfen sie um die Anerkennung als « Kirche » und müssen befürchten,
unter das in Frankreich im Juni 1999 beschlossene « Loi Anti-Secte »,
das gegen « mentale Manipulation » vorgehen will zu fallen. Aber
immerhin hat Chirac schon einmal eine Bibel von Jean Peterschmitt
entgegen genommen. Und außerdem: « Alles ist freiwillig », sagt Samuel
Peterschmitt, « die Menschen, die zu uns kommen, wollen einen direkten
Zugang zum Wort Gottes, der ihnen in den großen Kirchen viel zu
theoretisch und abstrakt ist.» Claude Greger fügt hinzu : « Geld wird
von niemandem verlangt. Jeder ist frei, seinen Glauben mit uns zu leben
oder nicht, wir laufen niemandem nach.»
In Bourtzwiller übernimmt « POC » ohne Zweifel wichtige sozial
stabilisierende Funktionen. Fragt sich nur, wie hoch der Preis dafür ist. |
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L'Express du 20 juin 2002 |
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Les
«miracles» de la POC
Fonds de
commerce de cette entreprise familiale pentecôtiste : la guérison
divine.
Des
associations et une Eglise protestante parlent de dérives sectaires
Mardi 14 mai, 20 heures,
quartier de Bourtzwiller à Mulhouse. Les bras dressés en V vers le ciel,
des centaines d'adeptes se lèvent pour chanter avec ferveur le Seigneur
Jésus. Ils suivent les paroles qui défilent sur de grands écrans et le
rythme endiablé d'un orchestre. Ces femmes et ces hommes d'allure
modeste viennent de toute la région. Le culte de la Porte ouverte
chrétienne (POC), ou Mission du plein évangile, communauté évangélique
charismatique, ou pentecôtiste (.1), est animé par le « gourou »
débutant Samuel Peterschmitt, 37 ans, depuis que son père, « Papa Jean
», 75 ans, lui a passé le « relais spirituel ». Avec un look de VRP ou
d'animateur de télé locale, le pasteur en costume cravate s'agite,
micro à la main, sur la scène de son « église », un ancien supermarché
Suma, devant une gigantesque croix de bois et des tentures bleues et
blanches.
« Dieu me parle », explique
Samuel Peterschmitt. Les yeux fermés, il voit la souffrance de certains
de ses fidèles présents dans la salle et prie pour les soulager. C'est
ce qu'il nomme des « paroles de connaissance ». Un adepte monte sur
l'estrade : « Je m'étais froissé l'épaule en tombant dans l'escalier et
mes douleurs ont disparu grâce aux paroles de connaissance de Samuel. »
Et le jeune copasteur Christian Gagnieux enchaîne : « Un de nos frères
voyageait en avion lorsqu'une aile a pris feu ; il s'est précipité dans
les toilettes pour prier; Jésus lui est apparu et lui a parlé. Il est
retourné s'asseoir, confiant malgré la panique générale. Ensuite, le
réacteur s'est décroché, l'incendie s'est éteint et l'appareil a pu se
poser sans dommage. »
Nous sommes la lumière du
monde, alors pourquoi nous cacher ? », poursuit Gagnieux, afin d'inciter
ses fidèles à ne pas vivre en marge de la société. Puis, voici le moment
tant attendu de l'« imposition des mains ». Chacun est invité à se
rapprocher de la scène, à exposer ce dont il souffre à l'un des « frères
responsables », qui pratiquera un « service de prière » en posant ses
mains sur la tête de la «soeur» ou du«frère ». « J'ai vu des adeptes
s'écrouler par terre ou pris de convulsions après l'imposition des mains
», raconte Monique, une Strasbourgeoise qui a fréquenté la POC pendant
six années. Elle et son mari exerçaient une profession libérale avant de
faire faillite, perdant 1 million d'euros. Une amie leur avait dit : «
Vous devriez aller à la POC, ils réalisent des miracles ! »
Particulièrement vulnérables, ils rencontrent alors le pasteur qui
officie dans le local de la Meinau, à Strasbourg, Siegfried Schelscke,
dont l'épouse, Michèle, l'une des filles de Jean Peterschmitt, affirme
que Dieu a vaincu son cancer du sein. Le « parler en langues »,
utilisation d'un charabia destiné uniquement à Dieu, les surprend, mais
ils sont vite fascinés par le charisme des pasteurs. « Nous avons eu du
mal à quitter cette secte, car nous étions harcelés au téléphone, confie
aujourd'hui Monique. J'ai perdu six ans de ma vie, essentiellement
victime de nia crédulité. »
Secte ? Le mot est lâché.
Bien que la POC ne soit nullement répertoriée dans les rapports
parlementaires ad hoc, la Mils (Mission interministérielle de lutte
contre les sectes) soutient que cette communauté « a des comportements
inacceptables et présente des risques forts de dérives sectaires ». A l'Unadfi
(Union nationale des associations de défense des familles et de
l'individu) et au CCNVIM (Centre de documentation, d'éducation et
(l'action contre les manipulations mentales), la qualification de secte
ne fait pas débat. Deux autres groupes alsaciens formulent la même
accusation : le centre régional Infos sectes, basé à Strasbourg et à
Mulhouse, et, naturellement, l'Association des victimes de la POC,
présidée par Claude Onimus. Cet ancien patron d'une grande surface de
décoration raconte sa bouleversante histoire : « Ma belle-mère, membre
de la POC, a entraîné mon épouse, Dominique, dans la secte pour se faire
baptiser à mon insu, alors que nous nous étions mariés à l'église
catholique. Peu après, elle est tombée enceinte de deux jumelles. Comme
elle était atteinte d'une grave hépatite, les médecins lui ont
recommandé d'avorter. Suivant la doctrine de la secte, elle a refusé. Sa
santé s'est vite détériorée. Elle est décédée l'an dernier à la suite
d'une embolie pulmonaire, après une transplantation du foie. »
Dans le bureau de Samuel
Peterschmitt, l'« affaire Onimus » occupe un très épais classeur : «
Notre soeur Dominique était une femelle de caractère, que nous n'aurions
jamais pu manipuler, affirme le pasteur. Elle était bien suivie
médicalement et nous l'avons encouragée à se faire opérer. Nous avons
prié pour elle, mais elle n'a jamais été guérie. Dieu est souverain. Il
l'a reprise. Dominique était pourtant sincère dans sa foi. Je n'ai pas
d'explication. »
Combattue par les
associations antisectes, la POC cherche une reconnaissance auprès de la
puissante Fédération protestante de France (FPF). Le secrétaire général
de celle-ci, Christian Seytre - « avec qui j'ai d'excellentes relations
», confie Samuel Peterschmitt – a étudié cette « méga-church » qui a
poussé comme un champignon. Voici ce qu'il en sait.
Son fondateur. Jean
Peterschmitt, fils d'agriculteurs mennonites (2) de Haute-Saône,
abandonne en 1970 sa carrière de confiseur en gros, quelques années
après avoir créé la Porte ouverte chrétienne. Il y était poussé par la
découverte, dit-il, du « Dieu du miracle », qui a guéri sa femme d'une
hémiplégie à la suite des prières de Tsiganes pentecôtistes. Le nombre
de ses fidèles explose à partir du milieu des années 80, pour atteindre
50 à Reims, 300 à
Strasbourg, 500 à Draveil
(Essonne) et 2 000 à Mulhouse. « La POC n'a rien de dangereux : prêcher
la guérison divine ou imposer les mains n'empêche pas ses fidèles de se
soigner, soutient Christian Seytre, lui-même pentecôtiste. Seulement,
leurs pasteurs ont été, au départ, très maladroits en affirmant : "Nous
sommes les meilleurs." Créant une situation de conflit avec les autres
Églises locales. » « Nous avons pu être perçus comme arrogants,
reconnaît Samuel Peterschmitt. Nous avons une tradition de conversions
et le fait que notre église soit mieux remplie que d'autres a pu
susciter de la jalousie. »
« Peterschmitt a eu une
attitude triomphaliste odieuse en répétant : "Les églises catholiques et
les temples sont vides ! Nous sommes dans la vérité ! Nous faisons des
miracles de guérison !", accuse Philippe Aubert, président du
consistoire de Mulhouse de l'Eglise réformée d'Alsace Loraine (Frai).
La guérison par l'Esprit saint est théologiquement acceptable, mais la
POC l'utilise comme un fonds de commerce, un instrument de pouvoir.
Alors que la foi doit avoir de la pudeur ! » « Nous ne demandons jamais
d'argent aux fidèles », insiste Samuel Peterschmitt, cherchant à se
prémunir de toute accusation d'escroquerie. Il n'empêche. La guérison du
cancer ou de la stérilité, la libération de la drogue ou de l'alcool
sont utilisés de manière insistante comme autant de publicités pour
attirer de nouveaux fidèles aux cultes.
« Puisque Dieu est Dieu, il
n'y a pas de maladie qu'Il ne puisse pas guérir, prêche Samuel
Peterschmitt. Mais Dieu reste souverain. Il n'est donc pas question de
promettre la guérison à quiconque. » Une mise en garde pas toujours
entendue. Jean Peterschmitt n'évoque-t-il pas une soeur entièrement
guérie de son cancer par le « divin médecin » Jésus-Christ, mais qui
aurait rechuté juste après une nouvelle thérapie anticancéreuse
recommandée par une amie ? «Des conseils purement humains ont réussi à
la faire douter de sa guérison, commente Peterschmitt. Mettre l'oeuvre
de Dieu en doute constitue un péché grave. »
« Non à cette surenchère où
l'on dit : "Il suffit de prier pour être guéri !", s'indigne Jean Paul
Humbert, président du conseil synodal de l'Eral. Dieu n'est pas un
pompier de service pour vaincre le sida, le cancer ou éviter une
amputation. Avec la POC, on a affaire à de l'obscurantisme religieux. »
« Du charlatanisme », renchérit Aubert.
Mais il y a encore plus
fort. Les réformés haut-rhinois – pour qui l'entrée de la POC à la FPF
constituerait un casus belli – sont surtout troublés par la mise en
avant de la résurrection, comme l'a fait le pasteur-fondateur de la POC
sur la couverture de son livre Maintenant mon oeil te voit.
Appelé par une adepte auprès
de son père décédé, Jean Peterschmitt se dit traversé par « l'onction du
Saint Esprit » : « Alors, nous lui imposons les mains au nom du
Seigneur Jésus-Christ, raconte le pasteur. Et l'inimaginable se
produit... C'est avec sur prise que nous constatons que ses paupières
remuent. Nous sommes tous stupéfaits à la vue de ce miracle ! Nous
venons d'assister à la résurrection d'un mort. » Cette résurrection a
profondément marqué ma vie et mon ministère, ajoute Peterschmitt. Sans
doute a-t-elle été l'une des plus belles expériences que j'ai vécues
avec le Seigneur. » « Ce qui me choque, c'est son utilisation comme
argument publicitaire, accuse Michel Cordier, pasteur de l'Eral. Celui
qui dit avoir ressuscité quelqu'un se prend pour Dieu lui-même. C'est le
sommet du charlatanisme, du délire total. »
L'invocation de miracles
divins, si énormes soient-ils, ne sont pourtant pas tout. Les options
réactionnaires de la POC sur des questions de société gênent aussi.
Officiellement, les Peterschmitt se disent farouchement opposés à
l'avortement – « un crime aux yeux de Dieu » -- mais pas à la
contraception. « Ce qui n'a pas empêché Samuel Peterschmitt de lancer
pendant un culte "Il y a ici une chrétienne souffrante, car elle porte
en elle une puissance de mort, un stérilet", se souvient Michel Cordier.
L'homosexualité ? « C'est une conduite anormale, un dérèglement, un
grave péché condamné par la Bible, soutient le pasteur de la POC. Les
homosexuels peuvent guérir et trouver une libération de cet état. Mais
nous ne sommes pas homophobes, car nous distinguons les pécheurs de leur
vice. » « Un non-sens théologique estime Cordier.
Cooptation
de père en fils
Au-delà de ce conservatisme,
que l'on trouve chez bien des catholiques, la POC heurte parce qu'il
s'agit d'une entreprise familiale avec femme et enfants. Après un long
passage de relais spirituel, Jean Peterschmitt a transmis officiellement
sa charge de pasteur à son fils Samuel, le 25 mai dernier, par un vote
unanime des membres de l'association cultuelle. Au départ, Samuel ne se
destinait pourtant pas à une carrière pastorale. Un BEP
d'électrotechnique en poche, il a dépanné des machines pendant plus de
quatre années dans une usine Peugeot. « La cooptation de père en fils
rend la POC proche d'une secte ou d'un trust familial, assène Philippe
Aubert. C'est inconcevable dans une Eglise ! » « Je ne suis pas le seul
cas où un fils succède à son père. Mais, certes, avoir la foi ne
s'hérite pas, affirme Samuel. Quant aux accusations de secte, elles sont
profondément injustes et proviennent de ceux qui ne nous connaissent
pas. »
Samuel Peterschmitt
accueille donc avec bienveillance une enquête menée pendant toute
l'année 2002 sur sa communauté par le Groupe de sociologie des religions
et de la laïcité de l'Ecole pratique des hautes études et du CNRS. Mais
le responsable de cette recherche, Jean-Paul Willaime, connaît le besoin
de caution scientifique de la POC au moment où « son dialogue avec la
FPF piétine : « Nous ne sommes pas dupes. Nous ne donnerons pas de
blanc-seing. Nous nous intéresserons aux fidèles fragilisés qui, s'en
remettant trop au secours spirituel, négligeraient les soins de la
science. Reste à savoir si les pasteurs de la POC en seraient
responsables.»
Un sociologue pourrait-il
démêler la troublante histoire de Bernard, un employé des Mines de
potasse d'Alsace de 49 ans ? « Il est venu nous confier que sa femme (37
ans) l'avait quitté car il avait été violent, qu'il le regrettait et
voulait se racheter, raconte Suzanne, une fidèle de la communauté.
Bernard pensait que s'il fréquentait la POC, la prière ferait revenir sa
femme. » Il aurait pris à la lettre les témoignages mis en avant par les
Peterschmitt, selon lesquels « Dieu restaure les couples ». Après
quelques années, découragé, dépressif, il aurait quitté la POC, vivant
de plus en plus replié sur lui même, avant de se donner la mort en se
tranchant les veines en avril dernier. A sa fille de 10 ans,
bouleversée, il n'a laissé ni message ni héritage, emportant avec lui
les secrets d'une vie incohérente. A Bernard, le Dieu tant loué à la POC
n'a pas apporté la paix intérieure. • F.K.
(1) L'un des mouvements religieux pour qui les dons visibles de
l'Es¬prit saint opèrent toujours aujourd'hui.
(2) Secte anabaptiste, fondée par le réformateur Menno Simonsz
(1496-1561), surtout implantée en Amérique (amish de Pennsylanie). |
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L'Alsace du 18 Fevrier 2001 |
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Le pari
de l'unité
Depuis
plus de cent ans, des Églises et unions d'Églises très diverses
sont
regroupées au sein de la Fédération protestante de France,
qui
tient son assemblée générale les 10 et 11 mars à Mulhouse.
Luthériens, réformés,
évangélistes, baptistes, pentecôtistes : autant de traditions, de
cultures, de pratiques protestantes différentes et pour tant rassemblées
au sein d'une même institution, la Fédération protestante de France
(FPF), créée 1905. Après des élargissements successifs, la FPF compte
aujourd'hui 15 Eglises ou Unions d'Églises et 65 associations, qui
regroupent plus de 500 institutions, oeuvres et mouvements. Soit un
panel assez représentatif du monde protestant en France.
L'élargissement en question
Les 10 et 11 mars, quelque
70 délégués des différentes Églises, le Conseil de la FPF et son
président, Jean-Arnold de Clermont, seront rassemblés à Mulhouse pour
l'as semblée générale de la Fédération. Au programme de ce week-end, les
habituels rapports financiers, vote du budget, rapport d'orientation...
C'est l'assemblée des délégués qui définira par ses votes les
orientations de la Fédération que le Conseil et le président mettent en
oeuvres.
L'an dernier, la question de
l'élargissement a été au coeur des débats, d'autant que les candidats
sont nombreux. Seulement, n'entre pas qui veut et il faut un vote
d'accord de l'assemblée. En discussion depuis plus de dix ans,
l'adhésion de l'Assemblée de Dieu et des Adventistes n'a toujours pas
été votée. « L'an dernier, nous avons engagé trois ans de dialogue
approfondi avec eux c'est-à-dire à tous les niveaux », indique une
déléguée mulhousienne. Dans deux ans, l'assemblée se prononcera à
nouveau, soit pour la pour suite du dialogue soit pour une adhésion une
période probatoire. L'adoption définitive ne peut intervenir qu'après.
Pas question de
précipitation donc, pas plus qu'il ne s'agit d'uniformiser des pratiques
et des priorités ou de fonder une Église à l'image de Rome. La
complémentarité dans la diversité est de rigueur dès lors qu'il y a
accord autour de la Charte, qui définit la vocation de la FPF, à savoir
promouvoir le protestantisme français, porter le témoignage chrétien
évangélique dans la société et assurer la représentativité de ces
Églises.
Une orientation Théologique
Mais rejoindre la FPF, c'est
aussi adhérer à certaine orientation théologique. Tous les groupes
protestants n'ont donc pas vocation à intégrer l'institution. Tel est le
cas par exemple de la Mission du plein évangile - Porte ouverte
chrétienne (POC), installée à Mulhouse. Pour le pasteur mulhousien
Jacques Stewart, ancien président de la FPF, « la POC est une de ces
assemblées qui souffrent de leur situation d'indépendance et qui
voudraient échapper au soupçon d'être une secte. La POC essaye donc,
comme d'autres, d'intégrer un ensemble plus vaste. Et comme la
Fédération est une institution vaste et ancienne, elle voudrait s'y
rattacher ». Mais théologiquement, la POC n'a rien en commun avec la
FPF, ou très peu. Et Jacques Stewart d'insister : «ll
n'y a aucune chance pour que la POC entre un jour dans la Fédération
».
La peur du centralisme
Cette dernière, à travers
son Conseil, est amenée à prendre des positions publiques sur les sujets
qui animent la société, ce ne va pas sans faire grincer quelques dents.
Mais « on ne peut vivre l'unité que si chaque Église renonce à mettre en
avant son identité confessionnelle. Cette identité doit se faire
entendre à travers le jeu de la solidarité », précise Jacques Stewart.
Et d'ajouter que des remarques peuvent être faites par les représentants
régionaux aux personnes ayant un comportement ambigu, voire en
opposition avec l'esprit de la charte.
En Alsace, où existent deux
Églises organisées et reconnues, l'ECAAL et l'ERAL, la FPF peut sembler
inutile à certains, surtout que la peur du centralisme est doublement
ressentie par les protestants alsaciens. « A cause d'un statut
particulier, il y a parfois en Alsace un certain esprit de suffisance.
Et cet esprit se transmet à tous les niveaux », constate Jacques
Stewart. Au point que des luthériens et des réformés oublient parfois
qu'il existe d'autres protestants. Mais pour les toutes petites
communautés, conscientes de leurs fragilités, la représentativité de la
Fédération et la force de cette structure sont capitales pour porter
ensemble le témoignage protestant. D'autant que s'il n'y a pas d'Église
universelle sans Église locale, que signifie une Église locale qui n'est
rattachée à rien ni personne ?
Elise
Guilloteau
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L'Alsace
du 05 février 2000 |
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Porte
ouverte chrétienne : une association de victimes
En novembre dernier, une association de défense des victimes de la Porte
ouverte chrétienne Mulhouse-Bourtzwiller (AVIPOC) a été créée
officiellement à Cernay. L'association, qui compte sept membres autour
de son président, Claude Onimus, entend poursuivre plusieurs objectifs :
informer la population et les élus locaux sur la Mission du plein
Evangile-Porte ouverte chrétienne (Poc), mais aussi écouter et
conseiller les éventuelles victimes.
Tous les membres de l'AVIPOC ont des raisons très personnelles de se
lancer dans cette bataille. Claude Onimus le premier, qui a eu
littéralement sa famille anéantie. Cet homme âgé de 49 ans vit
aujourd'hui seul avec ses deux garçons de 14 et 15 ans. Sa femme
Dominique et ses deux jumelles âgées de 3 ans vivent de leur côté, dans
ce qu'il décrit comme « un système communautaire et chaleureux où les
problèmes n'exis¬tent plus. Tout est confié à Dieu ». Quant aux autres
membres, ils s'estiment pour la plupart victimes de la Porte ouverte :
soit ce sont des anciens adeptes, soit certains membres de leur famille
ont rejoint ce mouvement qui compte près de 2000 adeptes dans le
secteur de Mulhouse-Bourtzwiller, où s'est installé Jean Peterschmitt,
72 ans, fondateur et pasteur de la Poc.
Apporter un témoignage
« Nous voulons nous battre contre les dirigeants de la Mission mais nous
ne mettons pas en doute la sincérité et la valeur humaine de la grande
majorité des adeptes de la Porte ouverte chrétienne », précise Claude
Onimus, avant d'ajouter : « Nous voulons aussi, par le biais de
l'association, que les langues se délient un peu, et que des personnes
acceptent d'apporter leur témoignage ».
Autant d'éléments que Claude Onimus ajoute à son dossier pour que la
Porte ouverte chrétienne soit enregistrée par la Commission
interministérielle de lutte contre les sectes. Pour cela, l'association
travaille en partenariat avec le Centre de documentation, d'éducation
et d'actions contre les manipulations mentales (ou centre Roger Ikor),
mais également avec l'Unadfi (Union nationale des associations de
défense de la famille et de l'individu) et Infos-Sectes.
Enfin, l'AVIPOC soutient toutes les actions entreprises en vue
d'obtenir, dans les meilleurs délais, la création d'un délit de
manipulation mentale, délit non reconnu par la loi aujourd'hui.
De son côté, la Fédération protestante de France rappelle qu'elle ne
reconnaît pas la Porte ouverte chrétienne.
CONTACTER
Association de défense des victimes de la Porte ouverte chrétienne de
Mulhouse/Bourtzwiller, BP 28, 68701 Cernay. Tél.: 03.89.39.70.63. Fax :
03.89.39.87.17.
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Les
enquêtes des New's Dill de juillet 1999 |
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Porte ouverte aux excès
D'anciens fidèles de la Porte Ouverte Chrétienne évoquent des dérives
sectaires
Affiches, « évangélisation »
sous tente, émission de radio à Mulhouse : la Mission du plein évangile
- la Porte ouverte chrétienne, église pentecôtiste, occupe le terrain en
Alsace. Ce mouvement fondé par Jean Peterschmitt, pasteur autoproclamé
résidant à Pfastatt, compterait au moins 2 000 membres au total.
Les autres pasteurs, « proclamés » par Jean Peterschmitt, sont pour la
plupart des membres de sa famille. Basée à Mulhouse-Bourtzwiller, la
Porte ouverte chrétienne (POC) est présente notamment à Strasbourg, en
Allemagne et même à Kourou en Guyane.
Depuis 1987, la POC regroupe une association cultuelle et une
association culturelle, « de bienfaisance ». Cherchant à revivre
l’existence des premiers chrétiens, les pasteurs de la POC pratiquent
l’imposition des mains aux malades « parce que Jésus lui-même l’a fait
». Dieu, directement ou par leur intermédiaire, aurait ainsi guéri
plusieurs personnes ayant rejoint l’église. Du cancer ou du sida, de la
cleptomanie ou de la myopie, voire « de l’homosexualité
» (sic). « Mais nous ne demandons jamais à une personne d’arrêter un
traitement, affirme Siegfried Schelske, pasteur de la POC à Strasbourg.
Ce sont les fanatiques qui font ça. Nous ne sommes pas des guérisseurs.
Dieu seul peut agir. » Le miracle n’est donc pas garanti ; néanmoins ce
sont sans doute les témoignages (difficilement vérifiables) de personnes
guéries ou libérées de divers vices et de couples réconciliés qui
attirent des fidèles.
Abus de confiance. Leurs tracts l’affirment : la POC n’est pas une secte
et « n’a rien de commun avec des groupes tels que les Témoins de Jéhovah
ou les Mormons ». En effet, elle ne figure pas dans le rapport
parlementaire de 1995. Mais, depuis plusieurs années, d’anciens membres
accusent le mouvement de dérives sectaires et autocratiques. Ils parlent
d’abus de confiance, d’exploitation financière, de comportement
autoritaire du « clan » Peterschmitt, qui refuserait toute critique.
Selon Suzanne Clauss du CCMM, « les personnes qui quittent la Porte
ouverte après y avoir passé plusieurs années n’arrivent plus à penser
par elles-mêmes ». M. Schelske assure, lui, que les pasteurs n’imposent
pas de règles de vie strictes aux fidèles. D’après lui, ceux-ci peuvent
quitter librement l’association : « Il leur suffit de nous informer de
leur décision par courrier. »
La Fédération évangélique de France reste méfiante à l’égard des
guérisons et du culte pentecôtiste, très exalté, qui, par certains
aspects, n’est pas sans rappeler le style des télévangélistes
américains. « Cependant, nous n’avons pas entendu parler de pratiques
répréhensibles », reconnaît le pasteur Gérard Dagon. Philippe Levallois,
responsable de l’antenne diocésaine, Evolutions religieuses et nouvelles
religiosités, est lui convaincu d’une dérive sectaire et totalitaire. Il
considère que les pasteurs autoproclamés ont tendance à abuser de leur
ascendant. Mais il reste prudent : « Ce n’est pas parce que les fidèles
donnent de l’argent à cette église qu’il y a forcément manipulation
mentale ! » Jusqu’ici, les plaintes déposées ont été classées sans suite
faute de preuves, et le mouvement a continué à prospérer. Mais le fisc
s’intéresse de près aux conditions d’acquisition par la POC d’un local à
la Meinau.
M. Schelske ne semble guère s’en inquiéter : « A la Porte ouverte, il
n’y a pas de magouilles », assure-t-il entre deux citations de la Bible.
VINCENT ARQUILLIÈRE
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