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- Les évangéliques, fous de Jésus (Le Monde 24.12.2005)

- Une Méga Church à la Française (Réforme du 21.10.2004)

- Le supermarché de Dieu (L'Alsace du 21.04.1996)

- L'imposition des mains pour guérir du SIDA ! (L'alsace du 21.07.1997)

- Alain Juppé met en place l'Observatoire des sectes (DNA du 13.11.1996)

- États-unis : les vigiles de la prière (DNA du 13.11.1996)

- Des sectes charismatiques (DNA du 26.06.1996)

- Les charismatiques sont-ils sectaires ? (DNA du 26.06.1996)

- Sectes : L'impuissance publique (Le Point du 17.09.1999)

- Ekstase im Supermarkt Gottes in Mulhouse-Bourtwiller (Zeitung du 03.01.2001)

- Les "miracles" de la POC (L'Express du 20.06.2002)

- Le pari de l'unité (L'Alsace du 18.02.2001)

- Porte Ouverte Chrétienne : Une association de Victimes (L'Alsace du 05.02.2000)

- Porte ouverte aux excès (New's Dill de 07.1999)

 

    

 Le Monde du 24 Décembre 2005

    

 

Les évangéliques, fous de Jésus

D'abord, saluer le voisin, un "futur frère du ciel", l'embrasser "sous le regard du Seigneur". Puis répéter les refrains qui défilent sur des écrans géants, chanter à tue-tête des hymnes et des louanges, balancer le corps, claquer des mains. La sono couvre à peine le "parler en langues", suite de mots et de sons inarticulés qui enfle pour invoquer l'Esprit saint.

Le pasteur Samuel Peterschmitt bondit sur scène. Quarante et un ans, cheveux courts et gominés, costume et cravate verts. Cet autodidacte sans formation théologique est l'un des meilleurs prédicateurs évangéliques de France. Il exerce à la Porte ouverte chrétienne de Mulhouse (Haut-Rhin), la plus grande megachurch bâtie sur le modèle américain, une affaire juteuse dont il a hérité de son père, Jean, un mennonite (anabaptiste). Ce soir, 3 000 fidèles remplissent un ancien hypermarché, racheté à bon prix, dans la banlieue de la ville.

Samuel Peterschmitt sait tout faire. Il chante et danse près d'accortes jeunes choristes. Micro à la bouche comme un crooner, il arpente la scène, ferme les yeux de manière extatique, chasse les démons. Il séduit, envoûte, électrise, magnétise : "La Bible m'a dit...", "Dieu m'a dit...". Et la foule, comme un seul homme, répond : "Amen." "Jésus est là parmi nous, prêche-t-il. Il est là pour chasser les démons, pour que les malades soient guéris, les pécheurs pardonnés." Il prie pour que la France prenne le "chemin de la repentance", pour les hommes politiques qui votent des "lois iniques", pour la société qui vit "dans le marasme". Il en appelle au respect du corps contre la pornographie, de la famille, des couples normaux, c'est-à-dire hétérosexuels. La foule s'agite, trépigne, chante en boucle : "Son sang m'a purifié, je le crois, je le crois... Mes fautes sont lavées par la croix, je le crois, je le crois."

D'autres prédicateurs prennent le relais. Comme Jacques Elbaz, juif converti, venu de Jérusalem : "Jésus revient bientôt, mais attention, le démon ne chôme pas. Portez tous le casque du salut." En Israël et en France, les juifs sont confrontés au "royaume des ténèbres". Il hèle son auditoire : "Est-ce que ce sont les juifs qui ont transpercé Jésus sur une croix ?" La foule hurle : "Non. Ce sont les Romains !" Les militants sionistes, un badge "Juifs pour Jésus" sur leur tee-shirt, exultent : " Nous voulons qu'Israël soit sauvé. Nous voulons que la France soit sauvée."

Deux heures déjà que la transe dure. Suivent des témoignages de guérison. Samuel Peterschmitt toise la foule : "Qui a besoin, ce soir, d'être sauvé ? Qui a besoin d'une délivrance ? Qui souffre d'une dépression ? Qu'il lève la main, sorte des rangs et approche." Des mains se lèvent. Cardiaques, migraineux, cancéreux sont invités à mettre leur main sur la zone souffrante de leur corps. Des pasteurs imposent leurs mains sur la tête. La foule des fidèles se serre et prie.

La Porte ouverte chrétienne de Mulhouse n'est que l'une des vitrines d'un courant "pentecôtiste" qui s'étend, mord sur les Eglises traditionnelles (catholique, réformée, luthérienne, etc.), progresse en terres protestantes (Alsace, Midi, région parisienne), déroute les pouvoirs publics tentés de l'assimiler à une secte. L'arrivée en France des évangéliques n'est pas récente, mais, de 50 000 après-guerre, ils sont aujourd'hui près de 400 000, et forment la composante la plus nombreuse du protestantisme. Ce modèle "pentecôtiste", le plus spectaculaire, est de loin celui qui progresse le plus, au détriment des Assemblées de Dieu, plus austères et puritaines.

Cette galaxie évangélique met l'accent sur la conversion, le fondamentalisme biblique, répondant à un besoin de consolation, de convivialité, de guérison. Des traits y sont hypertrophiés : le charisme du pasteur exorciste et thérapeute ; la vision binaire du monde (purs et corrompus) ; la méfiance envers la société moderne et tout oecuménisme ; la défense du peuple juif appelé à se convertir le jour du retour du Christ annoncé dans l'Apocalypse. Enfin la fréquence des "engagements" : la megachurch de Mulhouse est une ruche débordant de réunions de prière, d'évangélisation, d'action sociale, de formation biblique, de missions, etc.

Ses prédicateurs sourient des articles de journaux sur le "péril évangélique", qui aurait traversé l'Atlantique. "Les gens viennent chez nous sans désir de conquête, mais parce qu'ils ne se sentent pas jugés. Jésus n'est pas venu pour nous juger, mais pour nous sauver", dit un animateur de la radio évangélique Phare FM, qui diffuse des témoignages de guérison toute la journée.

Jean-Daniel Peter a été exclu de l'Eglise réformée de France parce qu'il "rebaptisait" des adultes (les évangéliques ne reconnaissent pas le baptême des nourrissons et baptisent par immersion). Il exerce désormais en Belgique : "Je trouve dans les assemblées évangéliques des fruits de conversion et de guérison qu'on ne trouve pas dans les autres Eglises, trop rationalistes."

"L'avenir est devant nous, assure Jean-Pierre Riche, président de la Fédération des Eglises du plein Evangile de France. Nous apportons des réponses paisibles à tous les problèmes de la société." Soif de Dieu ? "Notre Dieu n'est plus le Dieu lointain d'autrefois. Chez nous, il n'y a pas de différence entre ce qu'on voit, ce qu'on sent, ce qu'on croit", répond-il. La famille malmenée ? C'est un thème-clé des évangéliques, qui déclarent la guerre à une télé dominée par l'"idéologie du RAF" (Ruquier-Ardisson-Fogiel) ! "On avalise la décadence au nom de la liberté, déplore Samuel Peterschmitt. Il y en a assez d'entendre dire que le divorce n'a pas de conséquences sur les enfants."

Président des Associations familiales protestantes (AFP), Pierre-Patrick Kaltenbach fait son miel dans ces milieux évangéliques. Il se bat pour qu'ils soient reconnus par les pouvoirs publics, s'étonne que le maire de Mulhouse, Jean-Marie Bockel, s'obstine à ne pas recevoir la Porte ouverte chrétienne : "Il y a discrimination quand on finance des mosquées et pas un temple, quand on permet au Coran de sortir dans les rues et pas à l'Evangile", dit-il. Combat loin d'être gagné, car les évangéliques suscitent une répulsion proportionnelle à leur succès.

Les autres Eglises, protestantes et catholique, sont consternées. Dans le sud de l'Alsace, elles perdent leurs fidèles au profit de la Porte ouverte, dénoncent les dérives sectaires, le "trust familial" des Peterschmitt, les divisions dans les couples, la culture américaine qu'on tente d'importer. "Ces gens-là n'ont plus rien à voir avec le protestantisme français, explique le pasteur Philippe Aubert, président du consistoire de l'Eglise réformée de Mulhouse. Dans la société laïcisée, les gens ont sans doute besoin de symboles, de mystère et de certitudes. Mais, là, on nage en pleine idolâtrie et en plein néopaganisme."

Henri Tincq

 

 

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 Réforme du 21 octobre 2004

    

 

Une Mega Church à la française

S’inscrivant dans la mouvance pentecôtiste, la Porte ouverte chrétienne (Poc) draine aujourd’hui près de 1 500 personnes chaque semaine. Un succès qui ne lève pas totalement les réserves qui pèsent sur elle depuis son origine.

Seuls, en couple, en famille, les fidèles affluent. Plus d’un millier, comme chaque semaine. Tous les mardis soir, la Porte ouverte chrétienne (Poc) de Mulhouse tient sa réunion de prière. Le lieu, d’abord. Il crée une vraie surprise. A Bourztwiller, un quartier où vit une population d’émigrés, un ancien supermarché a été transformé en lieu de culte. Une immense croix a été posée sur le bâtiment, sorte de cube comme on en voit beaucoup dans les zones commerciales, à l’entrée des villes. Devant, un vaste parking. Il n’est pas rare que les fidèles de la Poc viennent de loin.

La réunion de prière commence par un long moment de louange, mené par Samuel Peterschmitt, le fils du fondateur. En costume et cravate, armé d’un micro, il arpente la scène-estrade, occupée par un groupe de choristes et un orchestre. « Samy », comme on l’appelle familièrement, a un don indéniable d’animateur. Il entonne quelques vieux gospels, établit une complicité avec l’assemblée, lance des boutades, raconte une ou deux anecdotes intimes. Très vite, la salle, résolument pentecôtiste, s’enthousiasme, se met à parler en langues. Puis les Peterschmitt, père et fils, révèlent des « paroles de connaissances » – dans les mouvements pentecôtistes, il s’agit de visions privées réputées inspirées par Dieu et rendues publiques – qui annoncent promesses de guérison ou de bénédiction à des personnes présentes dans l’assistance.

Une bible électronique

Créée dans les années 80 par Jean Peterschmitt, « papa Jean » comme le surnomment ses fans, mennonite d’origine, la Poc a pris son véritable essor il y a une dizaine d’années. Suspectée de dérives, elle s’est retrouvée très vite au centre d’une vigoureuse polémique. « Le succès de la Poc repose sur le charisme de guérison de Jean Peterschmitt et le talent d’organisateur de son fils, Samuel. », estime John Tressel, un baptiste américain installé à Mulhouse.

Président de la Fédération des Eglises évangéliques baptistes (FEEB), membre de la Fédération protestante, Daniel L’Hermenault fréquente lui-même la Poc et connaît bien ses dirigeants. « Le Seigneur est bon. C’est cela la théologie de Jean Peterschmitt. Il a un vrai don de guérison et je ne doute pas de sa sincérité, ni de celle de son fils ».

La Poc, une Mega Church à la française ? Par la taille, certainement. A ses cultes et réunions de prière, elle draine, selon des estimations fiables, entre 1 200 et 1 500 personnes, issues principalement de milieu catholique. Petit à petit, la Poc a créé un certain nombre de services annexes. Moindre certainement que dans les Mega Churches américaines, mais tout de même…

Dans un petit local attenant à la salle de culte, une « librairie chrétienne » propose ouvrages de piété, cassettes vidéo ou audio de prédicateurs… La Poc dispose aussi d’une petite régie de télévision. Les cultes et les réunions de prière sont filmés. Par la suite, des cassettes seront éditées. Classiquement, elle propose aussi des permanences sociales, un vestiaire… Plus surprenant, il existe aussi à la Poc une association sportive, avec équipe de foot à la clé !

Manifestement, la Poc vit grâce à l’implication de nombreux bénévoles. Sur les murs de la vaste salle de prière qui contient 1 900 places, on voit des plannings de service. Pour le ménage, pour le parking… Il n’y a que les cinq pasteurs, selon Samuel Peterschmitt, et une secrétaire à être rémunérés. « Mon salaire est de 1 300 euros par mois », affirme ce dernier qui s’est vu confier par son père, il y a quelques années, les rênes. « La Poc vit des offrandes de ses fidèles. » Quelques troncs sont disposés discrètement près de la porte d’entrée. L’un d’eux est destiné à recueillir des fonds pour un projet d’agrandissement des bâtiments. Au-dessus, sur le mur, sont affichés les plans de l’architecte.

« Ce que fait la Porte ouverte, peu d’Eglises en France pourraient le faire », reconnaît John Tressel. Comme chaque année, en octobre, elle a accueilli la pastorale d’automne des pasteurs et responsables évangéliques. Entre trois et quatre cents personnes, au bas mot, venues de toute la France. Au printemps prochain, elles se retrouveront à nouveau à Grenoble pour leurs journées de formation. Ces deux sessions sont organisées chaque année par l’Association spirituelle et fraternelle (ASF) qui regroupe, en France, les Eglises évangéliques de la mouvance charismatique et pentecôtiste. Tout autour de la salle de culte, des stands divers et variés sont installés à cette occasion : des petits éditeurs de livres ou de cassettes, le Comité protestant pour la défense de la dignité humaine (CPDH), qui s’est fait connaître pour ses positions anti-avortement, les promoteurs d’une ambassade chrétienne à Jérusalem, des « chrétiens sionistes », comme ils se présentent eux-mêmes. « Les rassemblements de l’ASF sont l’occasion de nous retrouver, de nouer des contacts », reconnaît Florent Rochat, responsable du CPDH. Un peu à la manière des assises de la Fédération protestante. Mais version pentecôtiste et deux fois par an.

Cette année, l’invité vedette est Ted Haggard, l’un des principaux leaders évangéliques américains, fondateur d’une Mega Church dans le Colorado et président, depuis 2003, de l’Association nationale des évangéliques (NAE) qui regroupe une cinquantaine d’Eglises aux Etats-Unis (1). Au premier rang de l’assistance, il relit studieusement ses notes. Avant que celui-ci n’intervienne, « Samy », en bon animateur, a chauffé la salle. D’abord, il a demandé à Kobia, une jeune intellectuelle algérienne convertie au christianisme, de venir témoigner sur scène. Car la Poc soutient des missions d’évangélisation en Kabylie. Des pasteurs qui œuvrent là-bas sont présents dans la salle. Samuel Peterschmitt les fait applaudir vigoureusement. Puis il appelle sur la scène-estrade celui qu’il présente « comme un juif américain qui a rencontré Jésus ». Portant barbe et d’une corpulence honorable, celui-ci est revêtu d’une kippa et du thalit, le châle de prière des juifs. Il les enlève avant de monter sur scène. D’un geste discret à la régie, il fait lancer une bande-son et chante un hymne. En play-back ? Difficile de savoir.

Puis c’est au tour de Ted Haggard. Le matin même, il a longuement raconté son parcours aux pasteurs et responsables. Au cours de la réunion publique de prière, il assure la prédication. Résolument moderne, il a remisé au placard sa bonne vieille bible. Pour retrouver les versets bibliques dont il a besoin pour illustrer son propos, Ted Haggard sort de sa poche une bible sur support électronique. La salle est bourrée à craquer. Au moins deux mille personnes, beaucoup issues de milieux populaires. Sur scène, le leader américain développe une long discours politico-religieux, chantre du libre-échange, créateur de prospérité, selon lui, prophète du « clash des civilisations », apôtre de la lutte contre les régimes totalitaires, notamment musulmans… La salle écoute sagement. Quelques-uns désertent ; de plus en plus nombreux tandis que l’heure avance. Parmi les pasteurs évangéliques réunis à Mulhouse, les propos de Ted Haggard ne font pas l’unanimité et ils l’expriment. Sans animosité, en privé…

(1). Réforme publiera la semaine prochaine une interview exclusive de Ted Haggard. Le leader évangélique y développe son approche politico-religieuse.

Les « limites » du protestantisme

Qu’en est-il aujourd’hui de la polémique suscitée par la Poc ? Une association de victimes, l’Avipoc, est toujours active. Pour y voir clair, la Fédération protestante de France, à laquelle la communauté mulhousienne souhaitait adhérer, a commandé, elle, un rapport. Des dérives ? Philippe Levallois, responsable du service « Evolutions religieuses et nouvelles religiosités » à l’archevêché catholique de Strasbourg, estime qu’il y en a eu effectivement. C’est à lui, en effet, que se sont adressées les premières personnes qui ont mis en cause la communauté pentecôtiste. « C’était à l’époque où la Poc prenait son envol », ajoute-t-il. Au début des années 90, donc. « Des prêtres catholiques qui voyaient leurs ouailles partir se plaignaient. J’étais interpellé pour donner mon avis », explique-t-il. Toutefois, il demeure discret sur le nombre des plaintes et leur contenu précis. « Elles étaient d’ordre financier, affectif, fusionnel, mais il n’y avait rien qui relevait du pénal ». Aujourd’hui, il estime que les milieux évangéliques ont opéré, à la Poc, une régulation salutaire.

Un avis qui n’est pas unanimement partagé. A Mulhouse, les responsables de l’Eglise réformée d’Alsace et de Lorraine (ERAL) demeurent, eux, très circonspects et sont toujours opposés à une entrée de la Poc à la FPF. « Il y a plusieurs choses qui me dérangent, explique ainsi Michel Cordier, pasteur de la paroisse Saint-Étienne, en centre-ville. En premier lieu, c’est le côté religion-spectacle. Puis, il y a aussi ce recours en permanence aux signes. En fait, il faut attendre pour voir comment la Poc va évoluer. Va-t-elle constituer une véritable Eglise chrétienne ? Ou bien devenir un groupe dissident, à la manière des Mormons ? »

« Je ne me situe pas par rapport à la Poc mais par rapport à la Fédération protestante de France, plaide, pour sa part, Philippe Aubert, président du Consistoire de l’ERAL de Mulhouse. Je veux bien admettre une certaine souplesse. Mais où place-t-on la limite de ce qui est protestant et de ce qui ne l’est pas ? Je pense que cela pourrait être un débat interne au protestantisme français. »

 

Bernadette SAUVAGET

 

 

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 L'alsace du 21 avril 1996

    

 

Le supermarché de Dieu


Plus de 1500 adeptes de la Mission du Plein Évangile se réunissent chaque dimanche
dans une ancienne grande surface de Mulhouse-Bourtzwiller. Une secte ? Non, se défendent ses pasteurs.
Mais aujourd'hui d'anciens membres accusent...


Le pasteur Jean Peterschmitt, un ancien confiseur ambulant de Pfastatt qui est aujourd'hui, avec son fils Samuel, à la tête de la Mission du Plein Évangile ou Porte ouverte chrétienne à Mulhouse-Bourtzwiller, raconte comment il a été gagné par la foi en Jésus-Christ dans un livre intitulé « Maintenant mon oeil te voit ».

Il y détaille, dans un style saint-sulpicien, comment l'amour de Dieu peut opérer les choses les plus extraordinaires. Guérir, par exemple. De la stérilité, de l'eczéma, des ulcères variqueux ou du bégaiement. Mais aussi du cancer. Restaurer les couples en perdition. Refermer les portes de la mort. Et libérer de l'homosexualité.

Dans les publications de l'Église du Plein Évangile, le pasteur Jean Peterschmitt se félicite que ce livre, « à la fois autobiographique et riche d'enseignement », ait «déjà été une bénédiction » pour plus de 6000 acheteurs, « Alléluia ! ».

Autre nouvelle qu'annonce le numéro de septembre 1995 d'« Entre-nous!», la lettre d'information de la Porte ouverte chrétienne Mulhouse : l'obtention des permis de construire « pour l'agrandissement et l'aménagement de nouvelles salles » dans l'ancien supermarché Suma de Bourtzwiller qui est, depuis sept ans, le siège de l'Église pentecôtiste et dont « la capacité d'accueil sera portée à 2500 places ».

Pour la famille Peterschmitt, partie de « trois fois rien » dans les années 70, que de chemin parcouru ! 300 places dans une première salle à Pfastatt, puis 800 rue DMC à Mulhouse, ensuite 1600 rue de Kingersheim à Mulhouse-Bourtzwiller, et maintenant la perspective de 2500.

Une ancienne adepte de Mulhouse, Jeanne Ferrari, a, elle, moins de raisons de se réjouir. Elle vient de porter plainte auprès du procureur de la République de Mulhouse « pour abus de confiance à l'encontre de Monsieur Samuel Peterschmitt qui se proclame pasteur... ».

Parallèlement, d'autres anciens adeptes « pour qui les Peterschmitt représentaient Dieu vivant » se révoltent. Le récit qui suit, en trois parties, pourrait s'intituler « Le Pasteur », « les adeptes qui croient » et «ceux qui n'y croient plus»...

1) LE PASTEUR : « NOUS NE SOMMES PAS DES EXTRA-TERRESTRES»

Premier son de cloche : ce que dit Jean Peterschmitt, né en 927 en Haute-Saône et que nous avons rencontré à son domicile de Pfastatt il y a quelque temps déjà (c'était le 7 février 1994), en compagnie de son fils Samuel, rue Haeffely.

L'interview recueillie alors est un témoignage brut de décoffrage qui n'a rien perdu de son actualité.
« J'ai commencé il y a une trentaine d'années à Thann. J'étais confiseur en gros et au cours de mes tournées, il m'arrivait de prier ici et là avec mes clients, quand ils me faisaient part de leurs problèmes », raconte le pasteur Peterschmitt père. « Ma femme, qui est de religion catholique, était malade à la mort. Elle souffrait de rhumatismes articulaires et son coeur flanchait. "Prenez-là à la maison pour ses derniers jours", m'ont dit les médecins. Un beau jour, j'ai rencontré un jeune homme, un marin pentecôtiste venu évangéliser. Comme j'étais ressortissant de l'anabaptisme, je connaissais les Saintes Écritures. "Pourquoi, m'a-t-il dit, ne mettez-vous pas la Bible en pratique : Jésus a dit "Imposez les mains aux malades et ils seront guéris". C'est ce qu'il a fait et ma femme a été guérie. Ma vie en a été changée. C'est à ce moment-là, en voyant le miracle de ma femme, que j'ai commencé à prier avec les clients, à approfondir aussi la Bible. Et Dieu a répondu : il y a eu des guérisons, des délivrances de toutes sortes. Les gens venaient de plus en plus nombreux. On a commencé à Thann dans une petite salle de bistrot. Puis certains m'ont demandé : "Pourquoi pas à Mulhouse?" Rue des Fabriques, j'ai loué une petite salle. Je faisais toujours mes tournées de confiseur. Je ne savais pas quel nom adopter. J'ai ouvert les Saintes Écritures et dans l'Apocalypse j'ai lu : «"J'ai mis devant toi une porte ouverte, que personne ne peut fermer". J'ai appelé ma mission la Porte ouverte ».

Aujourd'hui, la Mission du Plein Évangile a des lieux de cuite, poursuit Jean Peterschmitt, «à Bourtzwiller, où nous avons acheté ce Suma en 1988-89 (pour 2,7 millions de francs), à Strasbourg, à Draveil, près de Paris, à Perpignan, à Cayenne et Kourou, en Guyane. Les miracles sont le fait de Dieu : des gens libérés de la drogue, de la cigarette, de la maladie. De tout : hier, j'ai eu le témoignage d'une personne guérie du sida. La médecine conteste cela mais nous, nous ne sommes pas contre la médecine ».

L'ancien confiseur ajoute : «Nous n'avons rien d'une secte : il n'y a pas de gourou, pas de demande d'argent, les gens ont à leur disposition trois troncs dans l'église. Nous sommes de terriens, pas des extra-terrestres. Nous faisons partie de la Fédération libre des Églises du Plein Evangile. Nous sommes déclarés comme association cultuelle, et à ce titre exemptés des taxes foncières sur les lieux de culte, au même titre que l'Église catholique».

Les Peterschmitt ont, à Mulhouse, un autre lieu d'expression: les antennes de Radio-Phare que la Mission partage avec six autres associations cultuelles, Agapé d'Illzach, les Pentecôtistes de la rue Neppert, l'Église évangélique de Théo Hamman à Rixheim, l'Arbre de vie, Pierre vivante et l'Église évangélique de Thann.

« L'explication de notre succès, considère le pasteur Samuel Peterschmitt (fils), 31 ans, père de cinq enfants, c'est la vérité de la Parole de Dieu. Les gens cherchent quelque chose d'authentique, des règles morales, des repères. L'avortement est un meurtre. Nous sommes contre la pilule du lendemain. Nous nous élevons contre le relâchement des mœurs : les viols, les meurtres, les gens qui couchent avec des animaux ou avec leurs enfants. Je prône le retour aux valeurs morales. Après la dernière guerre, pour beaucoup, la médecine était devenue un Dieu. Maintenant, c'est la grande déconfiture. Mais nous ne sommes pas des guérisseurs. Nos réponses sont bibliques. L'homme, disent les Saintes Écritures, a été sauvé parce qu'il avait la foi ».

Samuel Peterschmitt se dit enfin « surpris par tous ces gens qui se détournent de la foi pour se tourner vers l'occultisme et l'astrologie ».
Là, dénonce-t-il, « personne ne parle de secte. Pourtant, on leur fait faire des choses inimaginables».

2) LES ADEPTES QUI CROIENT

Henri, infirmier, a trouvé à la Mission du Plein Évangile « un réveil spirituel ». Par rapport « à l'Église traditionnelle, témoigne-t-il, c'est plus vivant, c'est basé sur la Parole de Dieu et ce réveil que nous vivons à Bourtzwiller se passera ensuite à grande échelle. A l'époque de ma quête commençait le Renouveau charismatique. En dix minutes, j'avais trouvé ce que je cherchais depuis des années ».

Henri et sa femme formaient un couple « à la dérive. Le Plein Évangile nous a sauvés, explique-t-elle. D'abord, pourtant, le côté exubérant m'exaspérait. Mais ce besoin de louer Dieu, je le ressens aussi maintenant. Certains nous critiquent: "Se sen vum Peterschmitt sina", "Ils font partie de la clique de Peterschmitt"...».
Henri, comme infirmier, « n'est pas sceptique devant les guérisons. La puissance de Dieu, dit-il, est telle qu'il peut faire tomber des gens sans qu'ils se blessent ».

Autre profil : Gilbert, saxophoniste dans l'orchestre du Plein Évangile. « Ancien fanatique du Parti communiste, ancien garde du corps de Krasucki, marxiste au point d'avoir appelé mon fils Yvan. Il y a quelques années, j'ai été foudroyé par la grâce. A la Porte ouverte, j'ai été étonné par la faculté d'amour. J'ai pleuré comme un gamin. J'étais sale en moi-même. Je bringuais, j'aimais le porno, je buvais. Dieu m'a sauvé ».

3) CEUX QUI N'Y CROIENT PLUS

« Nous avons été grugés. Notre nouveau combat est de faire reconnaître la Mission du Plein Évangile comme une secte». Ambiance sévère dans une maison du Bassin potassique, où d'anciens adeptes de la Porte ouverte accusent aujourd'hui, ouvertement, les Peterschmitt. « Une cour des miracles en cette fin de vingtième siècle », dit l'un.

« A cause d'eux, je suis devenu une lavette», dit l'autre, qui a tenu des responsabilités importantes au sein de l'Église évangélique pendant des années.
« La famille Peterschmitt a abusé de ma crédulité. J'ai été manipulé, exploité à fond. Aujourd'hui, nous sommes certains que ceux qui gèrent cette assemblée ont une belle façade, qui leur donne le pouvoir de manipuler les gens comme nous l'avons été, sans se rendre compte qu'ils sont dans une secte », se désole un troisième.

Toutes ces familles, aujourd'hui adhérentes du CCMM Centre Ikor, disent être «revenues d'une cruelle illusion », à l'issue d'un « long cheminement de prise de conscience ».
Vous avez dit secte ? La Mission du Plein Évangile, contrairement à son homologue de l'Église évangélique de Pentecôte de Besançon, n'est pas cataloguée comme telle dans le Rapport parlementaire n°2468 sur les sectes en France, de janvier 1996.

De passage récemment à Mulhouse, Marie Genève, présidente nationale du CCMM (Centre de documentation, d'éducation et d'action contre les manipulations mentales), n'hésite pas, elle, à parler de pratiques sectaires.
Un point de vue que partage Jeanne Ferrari dans sa plainte contre le pasteur Peterschmitt. Une première plainte, déposée il y a un an, a été classée sans suites. Elle place aujourd'hui à nouveau ses espoirs non plus dans quelque grâce évangélique mais dans la justice.

Lucien NAEGELEN

 

 

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 L'alsace du 21 juillet 1997

    

 

L'imposition des mains

pour guérir le SIDA !


Après la grand-messe de l'aéronautique, celle de la crédulité. Une dizaine de prêcheurs américains, dont le successeur de Bill Graham, ont envahi les lieux pour vendre leur salade en multipliant les « guérisons miraculeuses ». Inquiétant

Depuis lundi et jusqu'à ce soir, le grand hall numéro 2 du Parc des expositions du Bourget (Seine-Saint-Denis) s'est transformé en une église évangéliste de 6 000 places. Morris Cerullo, télé évangéliste américain, et une dizaine d'autres prédicateurs venus du monde entier ont investi les lieux.

Cette croisade évangéliste suscite l'inquiétude, voire l'hostilité des élus locaux qui dénoncent « un prosélytisme inquiétant » et demandent que des mesures soient prises pour interdire à l'avenir ce genre de réunions.

Une inquiétude d'autant plus justifiée que l'organisateur de cette manifestation, La Parole de la foi-Evangélisation mondiale, est répertoriée dans les mouvements sectaires de 500 à 2 000 adeptes par la commission d'enquête parlementaire sur les sectes.

L'entrée est libre mais une participation financière est sollicitée pour financer la « croisade évangélique » de Morris Cerullo. Héritier de Bill Graham, prédicateur californien propriétaire d'une chaîne de TV aux USA et présent sur Internet, il propose à la vente ses livres, ses cassettes et facture 85 F son enseignement, dispensé chaque après-midi.

Fascinés

Les organisateurs promettent « aux croyants de toute foi » le salut des âmes et la guérison miraculeuse des corps. Chaque soir, sur une scène géante, des missionnaires de différentes nationalités se succèdent aux micros.

Ils vantent la toute-puissance de Dieu, accompagnés par un orchestre et des choeurs. Durant cette « grand-messe », les prédicateurs multiplient les « guérisons miraculeuses » sous les regards fascinés de milliers de croyants.

« La nuit dernière, on a prié pour deux personnes atteintes du virus du sida. Elles sont guéries, vous servez un grand Dieu ! », a lancé mercredi soir Morris Cerullo. « Le royaume de Dieu n'est pas que parole, il est puissance. Dieu est présent ici ce soir pour détruire votre douleur », a repris Gary Whetstone, autre prédicateur américain. Il a demandé aux disciples de mettre leur main gauche à l'endroit de leur corps les faisant souffrir et de tendre l'autre « vers l'éternel ». La salle s'est exécutée.

Infection

Invoquant Dieu, il a alors commandé aux tumeurs de mourir, aux infirmités, à la tuberculose ou aux furoncles de disparaître. Quelques instants après, « les miraculés » de la séance du jour étaient invités à monter sur scène pour témoigner. « J'étais sourde à 70 %, j'entends parfaitement », a affirmé une femme. « J'étais aveugle, je vois », a repris un jeune Noir. « J'avais une infection des dents, je suis guéri. » « Le Seigneur est grand, il ne s'occupe pas que des graves maladies », a lancé sérieusement une jeune fille.

Alain Vivien, président du Centre d'éducation et de lutte contre les manipulations mentales, est formel : « Si la crédulité n'est pas un délit, les pratiques de ces prétendus guérisseurs devraient être poursuivies pour exercice illégale de la médecine.

Le maire du Bourget, Frédéric Gailland (UDF), et les élus socialistes du département dénoncent « un prosélytisme inquiétant » et réclament aux autorités des mesures pour interdire à l'avenir de telles réunions. Le député-maire de Montreuil, Jean-Pierre Brard (apparenté PCF), ancien vice-président de la commission d'enquête parlementaire sur les sectes, demande aux pouvoirs publics d'adopter « une attitude ferme contre ces redoutables organisations ».

On ne dénoncera jamais assez le danger que représentent ces charlatans »

Chef du service d'urologie de l'hôpital Necker, le Pr Bertrand Dufour traite les cancers des voies urogénitales. Il dénonce le danger que représentent ces pratiques « miraculeuses » pour des malades qui négligeraient la médecine classique : « Comment peut-on laisser faire de telles manifestations ? Qui les autorise ? Qui est tellement inconscient du danger que représentent ces pratiques charlatanesques ?

« Il est toujours possible que se produisent des "miracles". Il existe dans l'histoire du monde et de la médecine des guérisons jamais expliquées. Mais on ne voit aucune raison pour que les manipulations de foules telles que celles qui se produisent dans le parc du Bourget aboutissent à des résultats tangibles.

Il est toujours bon de donner de l'espoir aux gens, mais toutes les maladies classiquement connues relèvent de traitements classiques en fonction de l'état actuel de nos connaissances. A l'exclusion de tout charlatanisme.

« Cela dit, quand la maladie est trop évoluée, quand on ne peut plus rien faire, on peut comprendre que le patient se tourne vers des croyances ou des pratiques religieuses ou extrareligieuses. Mais seulement dans ce cas-là. Il n'est pas question d'inverser le sens des choses. Il faut dire et répéter qu'il y a le plus grand danger à se fier à de telles pratiques avant d'avoir épuisé tous les recours de la médecine classique. On ne dénoncera jamais assez le danger que représentent ces charlatans.

Je suis très surpris que de telles manifestations soient autorisées. Elles ne relèvent même pas de l'exercice illégal de la médecine puisqu'il ne s'agit pas de médecine à proprement parler mais d'impositions des mains, de spectacle. »
 

 

 

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 Dernières nouvelles d'alsace du 13 novembre 1996

    

 

Alain Juppé met en place l'Observatoire des sectes

Alain Juppé s'est rangé à l'avis des parlementaires: en installant officiellement l'Observatoire interministériel des sectes, il a estimé hier que l'élaboration d'un dispositif législatif spécifiquement anti-secte n'était « pas réaliste ».

Proposé par une commission parlementaire en janvier et créé par décret le 7 mai, l'Observatoire des sectes a été mis en place hier par Alain Juppé. Devant les membres de cet observatoire destiné à mieux lutter contre les dérives sectaires, le premier ministre a expliqué qu'il « n'était pas possible de donner une définition juridique d'une secte ». « Par ailleurs, a-t-il dit, et ce n'est pas l'obstacle le moins important, notre démocratie repose sur un certain nombre de principes au rang desquels figure la liberté de conscience ».

« Un arsenal législatif suffisant »

Pour Juppé, la France « dispose d'un arsenal législatif suffisant pour poursuivre les sectes qui ne respecteraient pas la loi » et « l'ambition » du gouvernement « est de faire en sorte que, lorsque la prévention a été inefficace, de veiller à la stricte application de la loi ». En janvier, une commission d'enquête parlementaire était parvenue aux mêmes conclusions : elle ne recommandait pas une législation spécifique sur les sectes, qui pourrait s'avérer dangereuse pour les libertés, mais une information et une application plus efficace des lois existantes, ainsi que la mise en place d'un système d'assistance aux anciens adeptes.

Le rapport faisait d'autre part état d'une liste de « mouvements sectaires» établie par les Renseignements généraux, soit 172 sectes regroupant 160 000 adeptes et 100000 sympathisants, sans compter quelque 130000 membres des Témoins de Jéhovah. Soulignant que si les sectes avaient toujours existé « on assistait depuis quelques années à un développement inquiétant de leur nombre et de leur activité » en France. Juppé a cependant insisté hier sur la nécessité d'appréhender ce phénomène « de manière globale et très pragmatique». Il a également rappelé aux membres de l'Observatoire que leur mission consistait « à appréhender et analyser le phénomène des sectes », à informer l'opinion publique et à lui faire des propositions afin « d'améliorer les moyens de lutte contre les sectes »
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Le ministre de la Jeunesse et des Sports Guy Drut a pour sa part fait valoir que le gouvernement avait "le courage de s'attaquer de front et en plein jour aux agissements souterrains de certaines sectes". "Oui, le danger est réel, a-t-il dit, et nous savons qu'il peut concerner jusqu'à 300000 personnes en France".

L'Observatoire des sectes est présidé par le premier ministre. Il comprend par ailleurs un rapporteur général, le préfet Antoine Guerrier de Dumast, et 30 autres membres: 18 représentants de différents ministères concernés, six parlementaires et six personnalités qualifiées, tous nommés pour trois ans éventuellement renouvelables. Cet observatoire devra rendre chaque année un rapport au chef de gouvernement et au Parlement.

Enquête systématique

Le gouvernement a déjà mis en oeuvre plusieurs des recommandations de l'Observatoire. Ainsi, fin février, une circulaire du ministre de la Justice a recommandé aux procureurs de « de prendre toute disposition utile afin que toute plainte ou dénonciation relative à des phénomènes sectaires soit étudiée avec vigilance et fasse l'objet d'une enquête systématique ».

Cette circulaire rappelait en outre l'arsenal juridique dont dispose le ministère public pour lutter efficacement contre les crimes, délits et infractions qui pourraient être commis dans le cadre de telle ou telle secte. Elle appelait plus particulièrement l'attention des parquets sur les textes du code civil consacrant la protection des mineurs : assistance éducative, maintien des relations avec les grands-parents, surveillance du respect de l'obligation scolaire.
 

 

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 Dernières nouvelles d'alsace du 13 novembre 1996

    

 

Etats-Unis : les vigiles de la prière

Aux Etats-Unis, la prière se coule dans tous les moules possibles : le téléphone, les autocollants et Internet sont les derniers supports de la ferveur.

« Prions ensemble, Mary », dit John d'un ton recueilli au téléphone. John ne sait rien de Mary, sinon qu'elle souhaite que quelqu'un prie pour elle. Comme John est un « vigile chrétien de la prière », il a appelé cette dame qu'il ne connaît ni d'Eve ni d'Adam et invoque Dieu avec elle.

Une maladie, un mari infidèle, un adolescent qui se drogue, un emploi qu'on sollicite, peu importe la raison. Des milliers de centres de prêcheurs acceptent les requêtes de prière par téléphone, par correspondance, voire par ordinateur. Le « Silent Unity Prayer Ministry », qui reçoit 1,2 million de coups de fil par an, glisse les demandes dans des paniers aux murs de la chapelle et ses fidèles prient à toute heure. « Assembly of God » offre les services de ses prieurs bénévoles à travers une ligne téléphonique gratuite, des textes religieux, des pamphlets, et même des autocollants qu'on retrouve sur les pare-brise des voitures.

Prière sur Internet

Un appel sur Internet atteint des milliers de cyber-croisés à travers le monde. Yahoo (un répertoire d'Internet) a repéré 16 313 sites où l'on peut déposer une intention de prière. Certains sont locaux, d'autres mondiaux.

On trouve de tout sur Internet. L'archevêché de New York y parle à ses ouailles tous les mardis. Les juifs y étudient la Torah. Il y a des vigiles électroniques pour la Bosnie. On pratique aussi l'échange : tu pries pour mon fils qui a été brûlé en Ouzbékistan, je prie pour ton frère qui a le cancer en Ohio...

« Il existe quand même un danger », prévient Quentin Schultze, auteur de « Internet for Christians». L'anonymat cybernétique incite les gens à se confier : ils donnent leurs noms ou ceux d'amis en détresse, et cela peut attirer des escrocs.

Certains groupes de prière sollicitent des offrandes. La « Unity School of Christianity », dont le centre de prière coûte 9,5 millions de dollars par an, n'en fait néanmoins pas une condition. La prière vient du coeur et ne peut être une transaction financière, assure-t-elle. Mais un « centre de prières » est désormais, pour une Eglise, une association ou une secte, un moyen d'attirer à elle des fidèles supplémentaires.

Yvette Laudy

 

 

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 Dernières nouvelles d'alsace du 26 juin 1996

    

 

Des sectes charismatiques

Un livre réquisitoire fait des vagues dans le courant charismatique de l'Église catholique.


Le Renouveau charismatique a maintenant près de vingt-cinq ans dans l'Église catholique de France. Il est né en partie du pentecôtisme américain, mais aussi d'autres sources. Les chrétiens qui s'en réclament, qu'ils se retrouvent en groupes de prières ou partagent la vie d'une communauté, insistent sur l'action de l'Esprit-Saint -3e personne de la Trinité-. Elle peut prendre des aspects spectaculaires (glossolalie ou « parler en langue », guérison...), mais surtout transformer la vie personnelle et collective.

En Alsace, la communauté la plus connue est le Puits de Jacob fondé en 1977 par un jésuite, dotée de statuts canoniques, à laquelle appartient un prêtre diocésain qui y consacre la moitié de son temps de pastorale. C'est dire qu'elle se veut « dans » l'Église et que le diocèse l'accueille comme telle.

Mais est-ce qu'en intégrant ces communautés, l'Église de France n'a pas accueilli aussi leurs travers, leurs dérives ou leurs dangers? C'est ce que plaide le livre de Baffoy, Delestre et Sauzet, sans mettre aucun point d'interrogation derrière leur sous-titre : « Des sectes dans l'Église catholique ». Plusieurs témoignages de déçus du Renouveau, parfois touchants, et une série d'analyses sociologiques, vient argumenter en ce sens : à travers l'apparente fraternité retrouvée de l'Église primitive, et sous le couvert de l'effusion de l'Esprit, fonctionnerait bien souvent une sordide mécanique d'aliénation, tout à fait apparentée au monde des sectes.

L'aveuglement des évêques

Les témoins évoquent par exemple la dépendance économique, psychologique, spirituelle, de l'adepte à la communauté. Ils critiquent le pouvoir sans partage du « Berger » -le guide d'une communauté-. Surtout ils dénoncent l'aveuglement des évêques qui ignoreraient ce qui se passe vraiment dans des groupes auxquels ils accorderaient trop facilement leur «label».

Les naufragés de l'Esprit est un ouvrage assez mal ficelé. Difficile à lire pour les non-initiés, il accumule les allusions vagues aux acteurs et aux courants charismatiques. Il en dit trop ou pas assez et laisse une impression de malaise. Le procès est peut-être juste, mais la plaidoirie laisse perplexe -et on y règle des comptes-. Peut-être cela tient-il au caractère émietté de la préparation de ce livre.

L'Alsacien Philippe Levallois, secrétaire de la délégation diocésaine spécialisée, y a donné une contribution sur les rapports entre l'épiscopat et les communautés charismatiques. Il y prône « un processus d'intégration diocésaine » en soulignant que les communautés « peuvent être une chance pour l'Église locale, à condition de consentir que l'Église locale soit leur chance». Une solution peut-être pour éviter les micro Églises, closes et opaques, où peuvent en effet fermenter les bactéries sectaires.

Jacques Fortier

 

 

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 Dernières nouvelles d'alsace du 26 juin 1996

    

 

Les charismatiques sont-ils sectaires ?

Son titre, « Les naufragés de l'Esprit ». Son sous-titre « Des sectes dans l'Église catholique ». Écrit par trois anciens membres des mouvements charismatiques, ce livre, qui vient de paraître au Seuil, provoque une vraie polémique. Les communautés du Renouveau contre-attaquent. Les évêques de France prennent position. Les pièces du débat, avec Béatrice Houchard et Jean-Pierre Manigne.

Les communautés charismatiques sont-elles des sectes qui ne disent pas leur nom ? Au départ, il y a les témoignages inquiétants, voire accablants, d'une quinzaine de personnes, anciens membres du Chemin Neuf, du Pain de Vie, du Lion de Juda ou de la Sainte-Croix. Ils ont été recueillis et mis en forme de façon assez brouillonne (récits, entretiens, analyses) par Thierry Baffoy, Antoine Delestre et Jean-Paul Sauzet, eux-mêmes anciens membres de communautés charismatiques. Les uns et les autres expliquent les excès qui les ont amenés à revenir à des pratiques religieuses plus habituelles. (Voir le récit qu'en fait Jean-Pierre Manigne).

Scandale garanti, succès aussi ?

Mais un livre est destiné à se vendre. Et le titre retenu n'était sans doute pas assez accrocheur. Aussi les éditions du Seuil décident-elles, malgré le peu d'enthousiasme des auteurs, de le compléter par un sous-titre : Des sectes dans l'Église catholique. D'abord, avec un point d'interrogation: on pose la question, mais en laissant planer le doute. Seulement, à l'arrivée, le point d'interrogation a disparu : le doute n'est plus permis, on affirme qu'en son sein l'Eglise nourrit des sectes. Scandale garanti. Succès aussi, peut-être. Depuis une semaine, 200 à 300 livres sont vendus chaque jour.

Pourquoi être passé de l'interrogation à l'affirmation ? Pour des raisons commerciales, mais aussi juridiques: les avocats de l'éditeur ont estimé qu'en cas de procès, la cause serait plus facile à plaider si le point d'interrogation disparaissait. Soit. Pourtant, aucune communauté charismatique ne figure dans le rapport parlementaire sur les sectes, publié en décembre 1995. Et au centre Roger-Ikor, qui vient en aide aux familles des victimes des sectes, on n'a jamais reçu de plaintes émanant de proches de charismatiques. Mais dans l'opinion, l'amalgame est fait.

La polémique éclate d'autant plus vite qu'à la suite d'une «bavure» des épreuves du livre atterrissent, quelques jours avant la sortie en librairie, dans plusieurs Procure de France, dont celle de Toulouse, où travaillent des membres du Chemin Neuf. D'ailleurs, celle-ci, principalement visée, introduit immédiatement un référé devant le tribunal de Paris en vue de faire insérer dans le livre un message où elle déclare ne pas être un mouvement sectaire. Mais le tribunal, le lundi 20 mai a rejeté sa demande tout en reconnaissant que la qualification de secte pouvait « causer un trouble».

On relativise l'impact du livre


Toujours avant la sortie du livre, la conférence des évêques de France contre-attaque sous la plume de Mgr Roger Meindre, archevêque d'Albi et président du comité épiscopal pour le Renouveau et les mouvements d'animation spirituelle: «Nous ne pouvons admettre, écrit, entre autres, le père Meindre, qu'on accrédite l'idée qu'il y ait des sectes dans l'Église catholique (voir encadré). Dans l'entourage des évêques de France, on relativise l'impact du livre: « Dans les années soixante, quand un certain nombre de prêtres quittaient l'Église, on n'entendait qu'eux et on aurait aussi pu croire alors que tous les prêtres quittaient l'Église. »

L'évangélisation automatique

Mgr Balland, archevêque de Lyon, vole au secours de la communauté du Chemin Neuf, rattachée à son diocèse : « Là où elle est implantée, elle accepte les conseils et orientations des évêques et se met au service de tous sans distinction ni prosélytisme. » Visé, en toute première ligne, Laurent Fabre, fondateur du Chemin Neuf, contre-attaque sèchement, et pas seulement devant les tribunaux. D'abord, assure-t-il à La Vie, l'un des auteurs, Thierry Baffoy, n'est pas un ancien du Chemin Neuf. Faux ! rétorque l'intéressé, qui n'a pas prononcé de voeux mais a participé, six années durant, à des groupes de prière du Chemin Neuf rue Madame, à Paris. Ensuite, poursuit Laurent Fabre, deux des couples qui témoignent dans le livre (l'un ancien du Chemin Neuf, l'autre du Pain de Vie) auraient souhaité in extremis voir leurs témoignages retirés par les éditions du Seuil. Enfin, il nie avoir rencontré en Corée, comme l'en accuse le livre, le pasteur Paul Yonggi Cho, promoteur d'une méthode d’« évangélisation automatique ». Laurent Fabre et le Chemin Neuf se réservent de réagir, ultérieurement, par d'autres actions.

Les trois auteurs se défendent aujourd'hui d'avoir voulu régler des comptes et font face aux accusations dont ils sont l'objet. Pourquoi, susurrent certains, avoir épargné la communauté de l'Emmanuel, jamais mise en cause dans le livre ? « Les anciens de l'Emmanuel ne souhaitaient pas témoigner, répond Thierry Baffoy, mais ils étaient en phase avec notre démarche. » Accuse-t-on les auteurs de vouloir empêcher la visite de Jean-Paul II en France, en septembre ? Ils affirment qu'ils ne partent pas en croisade.

« Notre souhait, explique Thierry Baffoy, était d'ouvrir un débat. En 25 ans, il n'y a eu sur le Renouveau que des écrits favorables. Il n'y avait qu'un discours dominant, mettant en avant la chance que représente le Renouveau pour l'Église. Ce livre, c'est la prise de parole de gens qui reprennent leur histoire et sont propriétaires de leurs analyses. Lu plupart des témoins sont des chrétiens. Ils ont le droit de critiquer l'institution ecclésiale. Vous avons voulu ouvrir un débat. »

Le débat est ouvert et même, grâce ou à cause de l'absence d'un point d'interrogation, ouvert au-delà des espérances des anciens du Renouveau.

 

 

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 Le POINT DU 17 SEPTEMBRE SEPTEMBRE 1999

    

 

Sectes : L'impuissance publique

Le récent scandale de Marseille — la destruction de pièces à conviction concernant la Scientologie — a mis le feu aux poudres. Les réactions, très alarmistes, de plusieurs personnalités ont révélé l'immense impuissance de l'État face aux menées sectaires. Enquête.

Psychose au sommet de I'Etat. La destruction, au palais de justice de Marseille, de pièces à conviction concernant la Scientologie a suscité un flux d'angoisse parmi les politiques. C'est la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS), présidée par Alain Vivien, qui, sur papier à en-tête du Premier ministre, tire la première le 7 septembre : Qui a brisé les scellés ? » accuse un titre en gras, à la manière d'un film de série B. « La question se pose à nouveau de savoir si certains services de l'Etat ne sont pas investis par des organisations sectaires. Une telle question ne souffre pas de réponses retardées. »

Elisabeth Guigou, garde des Sceaux, ne se montre pas rassurante non plus : « On sait que ces sectes, l'Eglise de Scientologie en particulier, sont extrêmement puissantes. Elles sont fondées sur des réseaux économiques et des réseaux d'argent qui leur donnent des moyens d'action considérables. Je pense qu'il faut les empêcher de nuire. »

Raymond Forni, premier vice-président de l'Assemblée nationale, se montre plus accusateur encore : « Cela ne m'étonnerait pas du tout que cette secte bénéficie de protections, ou possède tout au moins des relais, des complicités au sein de l'institution judiciaire. Cette affaire remet pleinement en question la fiabilité et la crédibilité de la justice. »

Autant de déclarations officielles qui font froid dans le dos. Et, dans le secret de leur bureau, certains de leurs collaborateurs se montrent plus alarmistes encore, évoquant infiltrations de l'appareil d'Etat et lobbying fort efficace des amis des sectes.

Un rapport de 1983

En tenant de tels propos, Elisabeth Guigou, Alain Vivien et Raymond Forni montrent évidemment leur engagement vigoureux dans la lutte contre les sectes. Mais, du même coup, ils font la preuve aussi, à leur corps défendant, de l'impuissance publique qui sévit en ce domaine.

Car ce n'est pas aujourd'hui que le gouvernement découvre l'existence et la nocivité des sectes. Le premier rapport officiel remis à un Premier ministre (Pierre Mauroy) date de 1983. Il était écrit, déjà, par Alain Vivien, alors député, aujourd'hui président de la MILS. Rien, donc, ne se serait passé en seize ans, rien d'efficace qui ait évité l'infiltration de l'Etat ? Pourquoi ce décalage entre les déclarations d'intention et les faits ? Pourquoi cette incapacité apparente de l'Etat à trouver des ripostes appropriées ?

Car Alain Vivien, Elisabeth Guigou et les autres n'ont pas dramatisé la situation par inadvertance. Ils pouvaient difficilement faire moins, alors que l'Etat était, une fois de plus, humilié. En 1996, les procès-verbaux d'audition de la commission d'enquête parlementaire sur « Les sectes en France » disparaissent des coffres de l'Assemblée nationale et se retrouvent entre les mains de groupes favorables aux sectes. Une « bavure » d'autant plus grave que les témoins étaient entendus à huis clos, dans le strict anonymat, pour des raisons de sécurité. Deux ans plus tard, on découvre que deux tomes d'un dossier d'instruction qui vise la Scientologie ont été subtilisés à l'intérieur même du palais de justice de Paris sans que la juge d'instruction, Marie-Paule Moracchini, ait conservé de double des pièces, contrairement aux règles d'usage. Puis ce fut, l'autre semaine, l' « erreur » de Marseille...

L'État tétanisé

L'opinion publique est un peu perplexe. Car toutes ces mises en garde et autres alertes officielles restent bien floues, sont rarement assorties d'exemples précis ou suivies de résultats concrets. « Les scientologues ont réussi, dit-on, à infiltrer le cabinet d'un ancien président de la République sans que cela soit jamais démenti », déclare publiquement Alain Vivien depuis une semaine. Le journaliste Serge Faubert a révélé cette histoire dans son livre « Une secte au coeur de la République » (Calmann-Lévy), en 1993. Il y a six ans. Aucune enquête n'a jamais été diligentée sur la question.

L'Etat et ses rouages, en vérité, sont comme tétanisés. Ils créent des institutions spécifiques qui se succèdent sans triompher. Ils veulent légiférer, mais ne savent trop comment s'y prendre. Ils luttent à armes inégales avec les sectes sur le front judiciaire et se montrent démunis, voire apathiques, devant les soupçons d'infiltration. Quand leurs agents ne sont pas, de surcroît, victimes de tentatives de chantage ou d'intimidation.

L'Observatoire des sectes, créé en 1996, aura vécu deux ans avant de périr sous les critiques. Ses membres les plus actifs n'en pouvaient plus de travailler pour rien, sous le magistère d'un préfet en fin de carrière, Antoine Guerrier de Dumast, que les phénomènes sectaires ne semblaient pas passionner. « Le sommet a été atteint à la fin de l'année dernière, raconte le député maire de Montreuil, Jean-Pierre Brard. Nous avions pris du temps pour rédiger la définition d'une secte comme groupe coercitif. Il n'en restait pas trace dans le rapport rendu au Premier ministre, qui concluait au contraire à l'impossibilité de définir une secte. » A la suite d'une grosse colère de Matignon, l'Observatoire s'est dissous pour laisser place à une mission interministérielle que tous les spécialistes appelaient de leurs voeux. Ils réclamaient aussi qu'Alain Vivien en soit le président. Tous leurs souhaits ont été comblés.

Une nouvelle usine à gaz

Près d'un an plus tard, les avis sont déjà plus partagés. La mission comprend quelques permanents mis à sa disposition par différents ministères. Elle comporte aussi deux instances périphériques : le conseil d'orientation, qui réunit quelques personnalités qualifiées, et la mission opérationnelle, qui regroupe des sommités de tous les ministères concernés, de l'Education nationale aux Finances, en passant par l'Intérieur et la Défense.

Les membres les plus remuants du conseil d'orientation n'ont pas mis longtemps à formuler des critiques. « La dispersion des moyens entre opérationnels et théoriciens est une chose néfaste », regrette le docteur Jean-Marie Abgrall, psychiatre, expert près les tribunaux et spécialiste reconnu des sectes. En d'autres termes, une usine à gaz en remplace une autre.

Alain Vivien comprend mal les critiques qui sont adressées à l'institution qu'il préside. « Laissez-nous du temps », demande-t-il, avant de souligner ses réalisations. « Il y a d'abord la loi sur l'Éducation nationale votée en décembre dernier, qui permet de renforcer l'obligation scolaire et de mener des actions de contrôle sur les établissements hors contrat. Nous avons à deux reprises saisi le procureur pour abus sur une personne en état de faiblesse. Nous allons multiplier les séminaires de formation pour les magistrats, les cadres territoriaux. Nous avons aussi une activité internationale soutenue, au Conseil de l'Europe et à l'OSCE, où mon secrétaire général a prononcé un discours très courageux pour dénoncer l'infiltration de certaines branches de cette organisation par des mouvements sectaires. Je reviens de Bucarest et de Varsovie, car j'entends développer la coopération internationale. » Cette mission, que le monde entier, à en croire son président, nous envie, n'a pourtant pas travaillé une seconde depuis son installation sur les infiltrations de l'État que ses membres, pourtant, ne cessent de dénoncer. Elle s'en est tenue, jusqu'à présent, au noyautage dans l'entreprise et compte distribuer prochainement un petit guide à l'attention des directeurs des ressources humaines qui certainement s'en réjouissent déjà.

La manière dont l'État doit agir et légiférer face aux sectes n'est pas tranchée, tant s'en faut. Faut-il les poursuivre pour escroquerie, pour mise en danger de la vie d'autrui ou non-assistance à personne en danger, pour fraude fiscale, comme c'est déjà le cas aujourd'hui ? Faut-il aller plus loin et définir un délit de manipulation mentale? Mais, dans ce cas, comment décrire objectivement la pression qu'un groupe exerce sur une personne, comment décider du seuil au-delà duquel cette emprise relève du pénal ? Débat inextricable.

Le risque d'amalgame

Faut-il, alors, carrément interdire les sectes ? La question fait bondir Alain Vivien, pour qui la liberté d'association en France ne permet pas d'interdire, mais tout au plus de dissoudre, au titre de la loi de 1936 qui servit en son temps contre les ligues factieuses. « Mais attention à ne pas faire d'amalgame, prévient-il. Ce genre de dispositions ne doit s'appliquer qu'aux sectes dangereuses. La mission a-t-elle déjà proposé au gouvernement de dissoudre une secte ? Non.

Des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent pourtant en faveur de la dissolution. Celle de Raymond Forni, par exemple, qui avait mis en place, à la fin de l'an dernier, la commission d'enquête parlementaire sur la situation financière et l'activité économique des sectes : « A partir du moment où il y a trouble à l'ordre public, il y a motif à interdire ce type d'activités. Il est nécessaire de frapper ces organisations à la tête, de s'en prendre à leurs dirigeants, pour qu'elles ne renaissent pas sous d'autres formes. »

D'autres considèrent qu'avant même de songer à légiférer il suffit d'agir, tout simplement : « On ferait bien de commencer par récupérer les 545 millions de francs que les sectes doivent au fisc, comme l'a montré le rapport de la commission d'enquête parlementaire », tempête-t-on à l'ADFI (Association pour la Défense de la Famille et de l'Individu).

Des avocats procéduriers

L'humiliation étatique résulte aussi d'un rapport de forces judiciaire inégal entre les pouvoirs et la mouvance sectaire. Contrairement aux apparences, il est favorable à la seconde. La Scientologie, par exemple, exploite depuis longtemps tous les recours que la justice a mis en place pour protéger le justiciable. Disposant de moyens financiers très importants, elle a à son service les avocats les plus pointus en matière de procédure, qui parviennent à faire traîner les dossiers parfois pendant près de dix ans.

Ces juristes, il est vrai, sont bien aidés par le système. Le 14 août 1997, le député de l'Essonne Jacques Guyard s'étonnait, dans un courrier à Elisabeth Guigou, qu'une plainte pour escroquerie contre la Scientologie déposée le 27 octobre 1989 à Paris soit toujours à l'instruction. La ministre invoque par écrit l'« indépendance de la justice » mais assure avoir « demandé aux services compétents de veiller particulièrement au bon déroulement de la procédure ». Un an plus tard, deux tomes du dossier disparaissaient dans la nature.

Le juge Fenech, le premier à avoir mené à son terme une instruction sur la Scientologie, n'admet pas que les dossiers traînent ainsi pendant des années, considérant que, malgré les menaces, quand on veut, on peut. L'institution ne facilite toutefois pas la vie des juges. A Marseille, les trois magistrats instructeurs qui se sont succédé n'étaient pas déchargés sur d'autres fronts pour pouvoir défricher sérieusement un dossier si complexe. A la Chancellerie, on rétorque que l'ère de la lenteur est révolue : « Cette année, dix-neuf procédures concernant des sectes, donnant lieu à onze condamnations, ont été bouclées en moins de six mois », explique Yves Charpenel, directeur des affaires criminelles et des grâces, qui reconnaît toutefois que les intervenants dans ces dossiers font souvent l'objet de menaces.

« Les experts, par exemple, n'arrangent pas toujours les choses, assure Jean-Marie Abgrall. Quand j'ai demandé à être aidé dans l'affaire de Marseille par trois confrères, ils ont décliné, vraisemblablement par peur des représailles. »

Car les sectes savent jouer sur tous les registres émotionnels. Effrayer, mais aussi séduire ou compromettre. « Quand j'étais jeune juge, j'ai reçu la visite de scientologues. Ils se sont présentés comme membres d'une association qui luttait contre le crime par des moyens révolutionnaires, raconte un magistrat. Avec moi, ça n'a pas pris. Mais cela indique qu'ils doivent essayer souvent. Et pas seulement avec la haute hiérarchie. Il aurait pu leur être très utile de recruter mon chauffeur, qui transporte mes dossiers en solitaire. »

Jacques Robert, professeur de droit et membre du Conseil constitutionnel de 1989 à 1998, n'est pas scientologue. Mais la secte a fait appel à lui à deux reprises, en 1985 et en 1986, pour qu'il lui donne une consultation et livre son opinion - favorable - sur la nature religieuse de la Scientologie. Celle-ci, depuis, ressort les textes savants de cet universitaire dès que l'occasion se présente, trouvant là un argument de légitimité inespéré.

La police est une autre cible d'infiltration dont raffolent les sectes. Un administrateur civil de la Préfecture de police de Paris préside ainsi une émanation de la secte de Dozulé, répertoriée dans le rapport parlementaire. Dans le deuxième massacre du Temple solaire, le 15 décembre 1995, on dénombrait parmi les victimes deux fonctionnaires adeptes de la secte : Jean-Pierre Lardanchet, lieutenant à la Diccilec en Haute-Savoie, et Patrick Rostan, lieutenant en poste à Paris.

Des témoins rapportent que les deux policiers avaient corrompu des cadres aux Impôts pour « arranger » des redressements fiscaux. Entendu le 6 février 1996 par la section de gendarmerie de Grenoble, leur collègue, le commandant de police Jacques Auverdin, se disait persuadé que Lardanchet profitait de sa situation pour demander à France Télécom des coordonnées d'abonnés en liste rouge pour les besoins de la secte. Dans un rapport à sa hiérarchie, le commandant Gilbert Houvenaghel, chargé de l'enquête, écrit même : « D'évidence, certains actes supposaient complicités. » L'Ordre du temple solaire aurait-il infiltré l'Etat en France?

Les RG infiltrés

L'enquête sur l'affaire du Vercors a relevé que POTS puisait son inspiration au sein de l'Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix (Amorc), une association d'origine américaine revendiquant pas moins de 250 000 membres dans le monde. Dans le rapport d'enquête de la commission parlementaire portant sur les sectes et l'argent, l'Amorc est considéré comme secte. Or nombre de fonctionnaires de police en font partie. Un lieutenant du SRPJ de Versailles, qui a témoigné à Genève dans un procès en diffamation annexe à l'affaire de l'OTS,l'atteste. Lui-même ancien membre de l'Amorc, Dominique Dubuis, qui a oeuvré par le passé à la section sectes des RG de la Préfecture de police de Paris, concède : « Le préposé aux photocopies du service était membre de l'Amorc et, à ce titre, source d'informations pour la hiérarchie de cette organisation. »

De source policière, « ce genre de sociétés secrètes sont des passerelles vers les sectes ». Emanation de l'Amorc, l'Ordre rénové du temple (ORT) recrute parmi les militaires. L'Ordre souverain et militaire du Temple de Jérusalem (OSMTJ) compte des officiers de l'Otan dans ses rangs ; c'est ce que révéla un policier français, Roger Facon, devant la commission d'enquête du Parlement belge sur les sectes. Le président de la Commanderie française de I'OSMTJ a été un auditeur de l'Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN). Même les agents des services de renseignement ont un goût pour ces pratiques. A la refonte du mouvement templier, en 1952, au château d'Arginy, dans le Rhône, Roger Wybot, fondateur de la Direction de la surveillance du territoire (DST) après-guerre, apporta sa contribution. Son père, semble-t-il, était déjà féru d'ésotérisme. Sur le site d'Arginy, aujourd'hui encore, des gendarmes viennent s'adonner en cape à des cérémonies templières. Sans être de notoriété publique, ces informations sont connues de la haute hiérarchie administrative. Mais personne ne semble s'en émouvoir et moins encore vouloir remédier à la situation.

Pour compromettre les politiques et leur entourage, l'argent demeure un vecteur efficace. Un document comptable interne à la secte Mahikari laisse ainsi penser que cette organisation a versé des dons à droite et à gauche, et même à la Fondation Cousteau. Le célèbre Mandarom était également réputé pour ses contributions financières à la vie politique locale.

Les sectes les mieux organisées possèdent des fiches très à jour sur tous leurs ennemis influents. Jean Marie Abgrall a plus que tout autre été persécuté par ces sympathiques organisations. Aux sabotages de ses voitures et aux menaces de mort s'est ajoutée la délation. « Entre 1989 et 1994, j'ai milité chez les Verts, raconte-t-il. Quand la Scientologie m'a attaqué, elle a cherché ma thèse de spécialité en médecine. Celle-ci portait sur la sélection des nageurs de combat en milieu opérationnel. Ils ont appelé le secrétaire général des Verts pour lui dire que j'avais fait mon service militaire à Aspretto, et que j'étais donc lié aux services secrets. »

Quelques années plus tard, Jean-Marie Abgrall est nommé expert dans l'instruction sur POTS. Cette fois, c'est la mouvance templière qui s'intéresse à lui. Elle dispose, croit-elle, d'un terrible moyen de pression : Jean-Marie Abgrall a passé deux ans à l'Amorc, entre 1968 et 1970, avant d'assister à quelques réunions de l'Ordre rénové du temple. Mais, au grand dam de ses accusateurs, le docteur Jean-Marie Abgrall n'a jamais caché au juge Fontaine ce passé lointain, qui lui permet aujourd'hui de mieux comprendre les phénomènes sectaires.

Face à de telles pratiques, les professionnels de la lutte contre les sectes souffrent d'un grave handicap : la plupart d'entre eux considèrent que leur mission consiste avant tout à protéger l'individu, pas à lutter contre ces organisations comme menaces à la sûreté de l'Etat. Pour opérer leur révolution culturelle, ils pourraient commencer par lire ces quelques lignes : « Quand vous quittez une position de puissance, payez immédiatement toutes vos obligations, déléguez le pouvoir à tous vos amis et partez armés jusqu'aux dents, avec les moyens de faire chanter tous vos anciens rivaux, des fonds illimités sur votre compte privé, des adresses de tueurs à gages expérimentés; allez vivre en Bulgarie et soudoyez la police. » C'est ce qu'écrivait le gourou Ron Hubbard dans « Introduction à l'éthique de la Scientologie ».

 

 

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 ZEITUNG DU 03 JANVIER 2001

    

 

Ekstase im Supermarkt Gottes in Mulhouse-Bourtzwiller

Die christliche Gruppe « Porte Ouverte Chrétienne — Mission du plein évangile» feiert in einem abgelegenen Supermarktgebäude in Mulhouse Gottesdienste mit 1000, ja über 2000 Teilnehmern. Kritiker und ehemalige Mitglieder ähnlicher Gruppierungen sehen in ihr eine «sektenähnliche Vereinigung ». Sie ist fest in der Hand der Gründerfamilie.

Mulhouse. Lange muss man die kaum beleuchtete «rue Kingersheim» entlangfahren, bis rechts der ehemalige Supermarkt auftaucht, auf dem mit grossen Buchstaben steht: « Jesus sagt: ich bin die Tür. Wer durch mich eintritt, wird gerettet.» Die « charismatische Pfingstgemeinde » mit Namen « Porte Ouverte Chrétienne – Mission du plein évangile », abgekürzt « POC », hat hier, im Stadtrand von Mulhouse, ihren Hauptsitz.

In der neonbeleuchteten Halle im Viertel Bourtzwiller herrscht an diesem Abend schon hektisches Treiben. Am Empfangstisch werden Kopfhörer ausgegeben, denn viele Besucher kommen aus Deutschland und der Schweiz. Für Sie wird simultan gedolmetscht. « So etwas wie hier gibt es in Basel und Südbaden nicht », sagt Pastor Samuel Petercshmitt.

Braune Kunststoffstühle erstrecken sich, soweit das Auge blickt. Die nüchterne Halle bietet Platz für 2500 Personen und über 1000 sind heute gekommen. Die Wände des Altarraums, der mehr eine Bühne ist, schimmern in zarten Pastelltönen, zwei Musikbands sitzen vor Mikrofonen. Lediglich ein einfaches braunes Kreuz weist auf den christlichen Charakter der Veranstaltung hin. Unruhe herrscht, ein gänzlich unfeierliches Kommen und Gehen, Kinder flitzen herum, obwohl der Gottesdienst beginnt. Melodiöse Lieder, die an Chansons erinnern und mit E-Gitarre und Perkussion rhythmisch instrumentiert sind, preisen Jesus Christus, alle können die an die Wand projizierten Texte mitsingen. Ringsherum wiegen sich die Menschen, erheben sich, strecken ihre Hände offen nach oben, schließen die Augen ekstatisch und lächeln glückselig. Zwischendurch umarmen und küssen sie sich, wünschen Gottes Segen: eine warmherzige, offene Atmosphäre, die Besucher kennen sich untereinander.

Nach den Liedern verkündet Samuel Peterschmitt, wer in der Gemeinde erkrankt ist und gibt die Adressen der « Gebetszirkel » der nächsten Woche bekannt. Dann werden die « Témoignages » vorgetragen: Geheilte, auch aus Basel, kommen nach vorne und erzählen, wie sie von Krebs, von Haschischkonsum, von Fußpilz und Liebeskummer befreit wurden.

Unglück trifft oft den Gerechten

« POC » ist eine christlich-charismatische Gruppierung, die sich rühmt, durch Handauflegen und Beten, mit Hilfe Gottes, selbst schwerste Krankheiten zu heilen. « Charismatisch » heißt sie deshalb, weil sie von realen Wundern, Dämonen und Vereinigungen mit dem Heiligen Geist ausgeht : Teilnehmer des Gottesdienstes verfallen in eine ekstatisch-mystische « Zungensprache » oder « Glossolalie », die keine Ahnlichkeit mit anderen Sprachen hat.

In der Predigt geht es um den 73. Psalm. « Beneidet euren Nächsten nicht, auch wenn er mehr Glück hat », ruft Prediger Claude Greder ins Mikrofon. « Das Unglück trifft oft den Gerechten. Die Erfolgreichen sind gottesfern. Erfolg macht arrogant und gotteslästerlich.»

Greder sieht seriös aus, mit Anzug und Schlips, fast wie ein Versicherungsvertreter, wird auf zwei Leinwänden übertragen und predigt mit wütender Inbrunst. Seine Zuhörer, von denen viele übergewichtig und schlecht gekleidet sind, wirken ergriffen, einige schreiben mit. « Gott stellt den Unfrommen eine falle. Er überlässt sie sich selbst, wie einen Apfel, der verfault, wenn er nicht gegessen wird. » Greder spricht eine halbe Stunde, bis zum Schluss das Handauflegen auf dem Kopf der Trostsuchenden und Kranken, erfolgt – all jenen, die morgen früh aufstehen müssen, wird sie erlassen.

Sektenähnliche Vereinigung

« POC » hat auch Kritiker. Für Luc Lichtle vom CCMM (Dokumentationszentrum gegen geistige Manipulation), der die Aktivitäten der « Mission de Plein Evangile » schon seit Jahren verfolgt, ist die « POC » eine sektenähnliche Vereinigung. « Jeder hat das Recht zu glauben, was er für richtig halt », sagt er, « aber wein jemand eine medizinische Behandlung versäumt, weil ihm göttliche Heilung in Aussicht gestellt wird, ist das gefährlich ». Die « POC », die sich selbst « Kirche » nennt, ist als « kultischer Verein » mit Filialen in Mulhouse. Strassburg. Draveil. Hechingen (Deutschland) oder im französischen Überseegebiet Guyana organisiert. Sie hat etwa 2000 Mitglieder, etwa doppelt so viel kommen regelmäßig zu den Gottesdiensten.

Wichtige Rolle der Gründerfamilie

Die « POC » ist fest in der Hand der Familie Peterschmitt: Vater Jean hat sie vor 30 Jahren gegründet und rief sich zum Pastor aus, nachdem er in der als Sekte deklarierten Pfingstgemeinde von Besançon getauft worden war. Die Nachfolge wird sein Sohn übernehmen. dessen Familie bereits jetzt wichtige Funktionen in der Hierarchie besetzt. « Eine richtige Mafia. Es ist sehr wahrscheinlich, dass die « POC » ihre Mitglieder in emotionale und finanzielle Abhängigkeiten bringt», sagt Lichtle.

Jeder trägt den 10. Teil seines Einkommens bei, am Eingang sind drei Spendentöpfe aufgestellt, die aufmerksam beobachtet werden. Kontrolle ist in so einer engmaschigen Gesellschaft sehr einfach: « Die Teilnehmer kommen oft aus unstabilen Lebenssituationen. Sie richten ihr ganzes Leben auf die „POC“ aus und isolieren sich immer mehr.» Zweimal in der Woche findet der offizielle Gottesdienst statt, an den meisten anderen Tagen werden in Privathäusern Gebetsstunden abgehalten, am Mittwoch gibt es eine Radiosendung. « Man kann 24 Stunden am Tag nur mit der „POC“ beschäftigt sein », sagt Lichtle : Es gibt Kinderbetreuung. Frauen- und Männergruppen. eine Fußballmannschaft, Urlaubsreisen. « Oft kontrollieren sie das Privatleben vollkommen und sprechen sogar Empfehlungen zur Partnerwahl aus », meint Lichtle. Die « POC » vertrete christlich-konservative, teilweise reaktionäre Werte: strikt abgelehnt werden Geschlechtsverkehr vor der Ehe, Abtreibung, die Pille danach, Homosexualität, Drogen und Alkohol. Die Familie werde über alles gestellt.

« Aussteiger » berichten, dass die Außenwelt planmäßig dämonisiert werde. Fernsehen oder religiöse Objekte anderer Kirchen seien verpönt, viel Biteber und Filme gälten als « Werkzeuge Satans ». Vorgeworfen wird der Familie Peterschmitt auch, sie fordere zum Spenden von Kleidung und elektrische Geräten auf. um sie selber zu nutzen.

Philippe M.. ehemaliges Mitglied einer ähnlichen charismatischen evangelischen Gemeinde, von denen es im Mulhouse etwa 10 und in Frankreich etwa 170 gibt, engagiert sich heute bei « Info Secte ». « Ich habe 10 Jahre meine Lebens verloren. Ich wurde finanziell und psychisch ausgenutzt. Ich habe uns entgeltlich gearbeitet. Ich war eine Kollektivhysterie verfallen, es war wie Gehirnwäsche», sagt er.

Eine Bibel für Jacques Chirac

Die Vertreter von « POC » verwehren sich gegen die Kritik. Schon lange kämpfen sie um die Anerkennung als « Kirche » und müssen befürchten, unter das in Frankreich im Juni 1999 beschlossene « Loi Anti-Secte », das gegen « mentale Manipulation » vorgehen will zu fallen. Aber immerhin hat Chirac schon einmal eine Bibel von Jean Peterschmitt entgegen genommen. Und außerdem: « Alles ist freiwillig », sagt Samuel Peterschmitt, « die Menschen, die zu uns kommen, wollen einen direkten Zugang zum Wort Gottes, der ihnen in den großen Kirchen viel zu theoretisch und abstrakt ist.» Claude Greger fügt hinzu : « Geld wird von niemandem verlangt. Jeder ist frei, seinen Glauben mit uns zu leben oder nicht, wir laufen niemandem nach.»

In Bourtzwiller übernimmt « POC » ohne Zweifel wichtige sozial stabilisierende Funktionen. Fragt sich nur, wie hoch der Preis dafür ist.

 

 

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 L'Express du 20 juin 2002

 

 

Les «miracles» de la POC

Fonds de commerce de cette entreprise familiale pentecôtiste : la guérison divine.

Des associations et une Eglise protestante parlent de dérives sectaires

 

Mardi 14 mai, 20 heures, quartier de Bourtzwiller à Mulhouse. Les bras dressés en V vers le ciel, des centaines d'adeptes se lèvent pour chanter avec ferveur le Seigneur Jésus. Ils suivent les paroles qui défilent sur de grands écrans et le rythme endiablé d'un orchestre. Ces femmes et ces hommes d'allure modeste viennent de toute la région. Le culte de la Porte ouverte chrétienne (POC), ou Mission du plein évangile, communauté évangélique charismatique, ou pentecôtiste (.1), est animé par le « gourou » débutant Samuel Peterschmitt, 37 ans, depuis que son père, « Papa Jean », 75 ans, lui a passé le « relais spirituel ». Avec un look de VRP ou d'animateur de télé locale, le pasteur en costume  cravate s'agite, micro à la main, sur la scène de son « église », un ancien supermarché Suma, devant une gigantesque croix de bois et des tentures bleues et blanches.

 

« Dieu me parle », explique Samuel Peterschmitt. Les yeux fermés, il voit la souffrance de certains de ses fidèles présents dans la salle et prie pour les soulager. C'est ce qu'il nomme des « paroles de connaissance ». Un adepte monte sur l'estrade : « Je m'étais froissé l'épaule en tombant dans l'escalier et mes douleurs ont disparu grâce aux paroles de connaissance de Samuel. » Et le jeune copasteur Christian Gagnieux enchaîne : « Un de nos frères voyageait en avion lorsqu'une aile a pris feu ; il s'est précipité dans les toilettes pour prier; Jésus lui est apparu et lui a parlé. Il est retourné s'asseoir, confiant malgré la panique générale. Ensuite, le réacteur s'est décroché, l'incendie s'est éteint et l'appareil a pu se poser sans dommage. »

 

Nous sommes la lumière du monde, alors pourquoi nous cacher ? », poursuit Gagnieux, afin d'inciter ses fidèles à ne pas vivre en marge de la société. Puis, voici le moment tant attendu de l'« imposition des mains ». Chacun est invité à se rapprocher de la scène, à exposer ce dont il souffre à l'un des « frères responsables », qui pratiquera un « service de prière » en posant ses mains sur la tête de la «soeur» ou du«frère ». « J'ai vu des adeptes s'écrouler par terre ou pris de convulsions après l'imposition des mains », raconte Monique, une Strasbourgeoise qui a fréquenté la POC pendant six années. Elle et son mari exerçaient une profession libérale avant de faire faillite, perdant 1 million d'euros. Une amie leur avait dit : « Vous devriez aller à la POC, ils réalisent des miracles ! » Particulièrement vulnérables, ils rencontrent alors le pasteur qui officie dans le local de la Meinau, à Strasbourg, Siegfried Schelscke, dont l'épouse, Michèle, l'une des filles de Jean Peterschmitt, affirme que Dieu a vaincu son cancer du sein. Le « parler en langues », utilisation d'un charabia destiné uniquement à Dieu, les surprend, mais ils sont vite fascinés par le charisme des pasteurs. « Nous avons eu du mal à quitter cette secte, car nous étions harcelés au téléphone, confie aujourd'hui Monique. J'ai perdu six ans de ma vie, essentiellement victime de nia crédulité. »

 

Secte ? Le mot est lâché. Bien que la POC ne soit nullement répertoriée dans les rapports parlementaires ad hoc, la Mils (Mission interministérielle de lutte contre les sectes) soutient que cette communauté « a des comportements inacceptables et présente des risques forts de dérives sectaires ». A l'Unadfi (Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu) et au CCNVIM (Centre de documentation, d'éducation et (l'action contre les manipulations mentales), la qualification de secte ne fait pas débat. Deux autres groupes alsaciens formulent la même accusation : le centre régional Infos sectes, basé à Strasbourg et à Mulhouse, et, naturellement, l'Association des victimes de la POC, présidée par Claude  Onimus. Cet ancien patron d'une grande surface de décoration raconte sa bouleversante histoire : « Ma belle-mère, membre de la POC, a entraîné mon épouse, Dominique, dans la secte pour se faire baptiser à mon insu, alors que nous nous étions mariés à l'église catholique. Peu après, elle est tombée enceinte de deux jumelles. Comme elle était atteinte d'une grave hépatite, les médecins lui ont recommandé d'avorter. Suivant la doctrine de la secte, elle a refusé. Sa santé s'est vite détériorée. Elle est décédée l'an dernier à la suite d'une embolie pulmonaire, après une transplantation du foie. »

 

Dans le bureau de Samuel Peterschmitt, l'« affaire Onimus » occupe un très épais classeur : « Notre soeur Dominique était une femelle de caractère, que nous n'aurions jamais pu manipuler, affirme le pasteur. Elle était bien suivie médicalement et nous l'avons encouragée à se faire opérer. Nous avons prié pour elle, mais elle n'a jamais été guérie. Dieu est souverain. Il l'a reprise. Dominique était pourtant sincère dans sa foi. Je n'ai pas d'explication. »

 

Combattue par les associations antisectes, la POC cherche une reconnaissance auprès de la puissante Fédération protestante de France (FPF). Le secrétaire général de celle-ci, Christian Seytre - « avec qui j'ai d'excellentes relations », confie Samuel Peterschmitt – a étudié cette « méga-church » qui a poussé comme un champignon. Voici ce qu'il en sait.

 

Son fondateur. Jean Peterschmitt, fils d'agriculteurs mennonites (2) de Haute-Saône, abandonne en 1970 sa carrière de confiseur en gros, quelques années après avoir créé la Porte ouverte chrétienne. Il y était poussé par la découverte, dit-il, du « Dieu du miracle », qui a guéri sa femme d'une hémiplégie à la suite des prières de Tsiganes pentecôtistes. Le nombre de ses fidèles explose à partir du milieu des années 80, pour atteindre 50 à Reims, 300 à

Strasbourg, 500 à Draveil (Essonne) et 2 000 à Mulhouse. « La POC n'a rien de dangereux : prêcher la guérison divine ou imposer les mains n'empêche pas ses fidèles de se soigner, soutient Christian Seytre, lui-même pentecôtiste. Seulement, leurs pasteurs ont été, au départ, très maladroits en affirmant : "Nous sommes les meilleurs." Créant une situation de conflit avec les autres Églises locales. » « Nous avons pu être perçus comme arrogants, reconnaît Samuel Peterschmitt. Nous avons une tradition de conversions et le fait que notre église soit mieux remplie que d'autres a pu susciter de la jalousie. »

 

« Peterschmitt a eu une attitude triomphaliste odieuse en répétant : "Les églises catholiques et les temples sont vides ! Nous sommes dans la vérité ! Nous faisons des miracles de guérison !", accuse Philippe Aubert, président du consistoire de Mulhouse de l'Eglise réformée d'Alsace  Loraine (Frai). La guérison par l'Esprit saint est théologiquement acceptable, mais la POC l'utilise comme un fonds de commerce, un instrument de pouvoir. Alors que la foi doit avoir de la pudeur ! » « Nous ne demandons jamais d'argent aux fidèles », insiste Samuel Peterschmitt, cherchant à se prémunir de toute accusation d'escroquerie. Il n'empêche. La guérison du cancer ou de la stérilité, la libération de la drogue ou de l'alcool sont utilisés de manière insistante comme autant de publicités pour attirer de nouveaux fidèles aux cultes.

 

« Puisque Dieu est Dieu, il n'y a pas de maladie qu'Il ne puisse pas guérir, prêche Samuel Peterschmitt. Mais Dieu reste souverain. Il n'est donc pas question de promettre la guérison à quiconque. » Une mise en garde pas toujours entendue. Jean Peterschmitt n'évoque-t-il pas une soeur entièrement guérie de son cancer par le « divin médecin » Jésus-Christ, mais qui aurait rechuté juste après une nouvelle thérapie anticancéreuse recommandée par une amie ? «Des conseils purement humains ont réussi à la faire douter de sa guérison, commente Peterschmitt. Mettre l'oeuvre de Dieu en doute constitue un péché grave. »

 

« Non à cette surenchère où l'on dit : "Il suffit de prier pour être guéri !", s'indigne Jean  Paul Humbert, président du conseil synodal de l'Eral. Dieu n'est pas un pompier de service pour vaincre le sida, le cancer ou éviter une amputation. Avec la POC, on a affaire à de l'obscurantisme religieux. » « Du charlatanisme », renchérit Aubert.

 

Mais il y a encore plus fort. Les réformés haut-rhinois – pour qui l'entrée de la POC à la FPF constituerait un casus belli – sont surtout troublés par la mise en avant de la résurrection, comme l'a fait le pasteur-fondateur de la POC sur la couverture de son livre Maintenant mon oeil te voit.

 

Appelé par une adepte auprès de son père décédé, Jean Peterschmitt se dit traversé par « l'onction du Saint  Esprit » : « Alors, nous lui imposons les mains au nom du Seigneur Jésus-Christ, raconte le pasteur. Et l'inimaginable se produit... C'est avec sur  prise que nous constatons que ses paupières remuent. Nous  sommes tous stupéfaits à la vue de ce miracle ! Nous venons d'assister à la résurrection d'un mort. » Cette résurrection a profondément marqué ma vie et mon ministère, ajoute Peterschmitt. Sans doute a-t-elle été l'une des plus belles expériences que j'ai vécues avec le Seigneur. » « Ce qui me choque, c'est son utilisation comme argument publicitaire, accuse Michel Cordier, pasteur de l'Eral. Celui qui dit avoir ressuscité quelqu'un se prend pour Dieu lui-même. C'est le sommet du charlatanisme, du délire total. »

 

L'invocation de miracles divins, si énormes soient-ils, ne sont pourtant pas tout. Les options réactionnaires de la POC sur des questions de société gênent aussi. Officiellement, les Peterschmitt se disent farouchement opposés à l'avortement – « un crime aux yeux de Dieu » -- mais pas à la contraception. « Ce qui n'a pas empêché Samuel Peterschmitt de lancer pendant un culte "Il y a ici une chrétienne souffrante, car elle porte en elle une puissance de mort, un stérilet", se souvient Michel Cordier. L'homosexualité ? « C'est une conduite anormale, un dérèglement, un grave péché condamné par la Bible, soutient le pasteur de la POC. Les homosexuels peuvent guérir et trouver une libération de cet état. Mais nous ne sommes pas homophobes, car nous distinguons les pécheurs de leur vice. » « Un non-sens théologique estime Cordier.

 

Cooptation

de père en fils

 

Au-delà de ce conservatisme, que l'on trouve chez bien des catholiques, la POC heurte parce qu'il s'agit d'une entreprise familiale avec femme et enfants. Après un long passage de relais spirituel, Jean Peterschmitt a transmis officiellement sa charge de pasteur à son fils Samuel, le 25 mai dernier, par un vote unanime des membres de l'association cultuelle. Au départ, Samuel ne se destinait pourtant pas à une carrière pastorale. Un BEP d'électrotechnique en poche, il a dépanné des machines pendant plus de quatre années dans une usine Peugeot. « La cooptation de père en fils rend la POC proche d'une secte ou d'un trust familial, assène Philippe Aubert. C'est inconcevable dans une Eglise ! » « Je ne suis pas le seul cas où un fils succède à son père. Mais, certes, avoir la foi ne s'hérite pas, affirme Samuel. Quant aux accusations de secte, elles sont profondément injustes et proviennent de ceux qui ne nous connaissent pas. »

 

Samuel Peterschmitt accueille donc avec bienveillance une enquête menée pendant toute l'année 2002 sur sa communauté par le Groupe de sociologie des religions et de la laïcité de l'Ecole pratique des hautes études et du CNRS. Mais le responsable de cette recherche, Jean-Paul Willaime, connaît le besoin de caution scientifique de la POC au moment où « son dialogue avec la FPF piétine : « Nous ne sommes pas dupes. Nous ne donnerons pas de blanc-seing. Nous nous intéresserons aux fidèles fragilisés qui, s'en remettant trop au secours spirituel, négligeraient les soins de la science. Reste à savoir si les pasteurs de la POC en seraient responsables.»

 

Un sociologue pourrait-il démêler la troublante histoire de Bernard, un employé des Mines de potasse d'Alsace de 49 ans ? « Il est venu nous confier que sa femme (37 ans) l'avait quitté car il avait été violent, qu'il le regrettait et voulait se racheter, raconte Suzanne, une fidèle de la communauté. Bernard pensait que s'il fréquentait la POC, la prière ferait revenir sa femme. » Il aurait pris à la lettre les témoignages mis en avant par les Peterschmitt, selon lesquels « Dieu restaure les couples ». Après quelques années, découragé, dépressif, il aurait quitté la POC, vivant de plus en plus replié sur lui  même, avant de se donner la mort en se tranchant les veines en avril dernier. A sa fille de 10 ans, bouleversée, il n'a laissé ni message ni héritage, emportant avec lui les secrets d'une vie incohérente. A Bernard, le Dieu tant loué à la POC n'a pas apporté la paix intérieure. • F.K.

 

(1)       L'un des mouvements religieux pour qui les dons visibles de l'Es¬prit saint opèrent toujours aujourd'hui.

(2)       Secte anabaptiste, fondée par le réformateur Menno Simonsz (1496-1561), surtout implantée en Amérique (amish de Pennsylanie).

 

 

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 L'Alsace du 18 Fevrier 2001

 

 

Le pari de l'unité

Depuis plus de cent ans, des Églises et unions d'Églises très diverses

sont regroupées au sein de la Fédération protestante de France,

qui tient son assemblée générale les 10 et 11 mars à Mulhouse.

 

Luthériens, réformés, évangélistes, baptistes, pentecôtistes : autant de traditions, de cultures, de pratiques protestantes différentes et pour tant rassemblées au sein d'une même institution, la Fédération protestante de France (FPF), créée 1905. Après des élargissements successifs, la FPF compte aujourd'hui 15 Eglises ou Unions d'Églises et 65 associations, qui regroupent plus de 500 institutions, oeuvres et mouvements. Soit un panel assez représentatif du monde protestant en France.

 

L'élargissement en question

 

Les 10 et 11 mars, quelque 70 délégués des différentes Églises, le Conseil de la FPF et son président, Jean-Arnold de Clermont, seront rassemblés à Mulhouse pour l'as semblée générale de la Fédération. Au programme de ce week-end, les habituels rapports financiers, vote du budget, rapport d'orientation... C'est l'assemblée des délégués qui définira par ses votes les orientations de la Fédération que le Conseil et le président mettent en oeuvres.

 

L'an dernier, la question de l'élargissement a été au coeur des débats, d'autant que les candidats sont nombreux. Seulement, n'entre pas qui veut et il faut un vote d'accord de l'assemblée. En discussion depuis plus de dix ans, l'adhésion de l'Assemblée de Dieu et des Adventistes n'a toujours pas été votée. « L'an dernier, nous avons engagé trois ans de dialogue approfondi avec eux c'est-à-dire à tous les niveaux », indique une déléguée mulhousienne. Dans deux ans, l'assemblée se prononcera à nouveau, soit pour la pour suite du dialogue soit pour une adhésion une période probatoire. L'adoption définitive ne peut intervenir qu'après.

 

Pas question de précipitation donc, pas plus qu'il ne s'agit d'uniformiser des pratiques et des priorités ou de fonder une Église à l'image de Rome. La complémentarité dans la diversité est de rigueur dès lors qu'il y a accord autour de la Charte, qui définit la vocation de la FPF, à savoir promouvoir le protestantisme français, porter le témoignage chrétien évangélique dans la société et assurer la représentativité de ces Églises.

 

Une orientation Théologique

 

Mais rejoindre la FPF, c'est aussi adhérer à certaine orientation théologique. Tous les groupes protestants n'ont donc pas vocation à intégrer l'institution. Tel est le cas par exemple de la Mission du plein évangile - Porte ouverte chrétienne (POC), installée à Mulhouse. Pour le pasteur mulhousien Jacques Stewart, ancien président de la FPF, « la POC est une de ces assemblées qui souffrent de leur situation d'indépendance et qui voudraient échapper au soupçon d'être une secte. La POC essaye donc, comme d'autres, d'intégrer un ensemble plus vaste. Et comme la Fédération est une institution vaste et ancienne, elle voudrait s'y rattacher ». Mais théologiquement, la POC n'a rien en commun avec la FPF, ou très peu. Et Jacques Stewart d'insister : «ll n'y a aucune chance pour que la POC entre un jour dans la Fédération ».

 

La peur du centralisme

 

Cette dernière, à travers son Conseil, est amenée à prendre des positions publiques sur les sujets qui animent la société, ce ne va pas sans faire grincer quelques dents. Mais « on ne peut vivre l'unité que si chaque Église renonce à mettre en avant son identité confessionnelle. Cette identité doit se faire entendre à travers le jeu de la solidarité », précise Jacques Stewart. Et d'ajouter que des remarques peuvent être faites par les représentants régionaux aux personnes ayant un comportement ambigu, voire en opposition avec l'esprit de la charte.

En Alsace, où existent deux Églises organisées et reconnues, l'ECAAL et l'ERAL, la FPF peut sembler inutile à certains, surtout que la peur du centralisme est doublement ressentie par les protestants alsaciens. « A cause d'un statut particulier, il y a parfois en Alsace un certain esprit de suffisance. Et cet esprit se transmet à tous les niveaux », constate Jacques Stewart. Au point que des luthériens et des réformés oublient parfois qu'il existe d'autres protestants. Mais pour les toutes petites communautés, conscientes de leurs fragilités, la représentativité de la Fédération et la force de cette structure sont capitales pour porter ensemble le témoignage protestant. D'autant que s'il n'y a pas d'Église universelle sans Église locale, que signifie une Église locale qui n'est rattachée à rien ni personne ?

 

Elise Guilloteau

 

 

 

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 L'Alsace du 05 février 2000

 

 

Porte ouverte chrétienne : une association de victimes

En novembre dernier, une association de défense des victimes de la Porte ouverte chrétienne Mulhouse-Bourtzwiller (AVIPOC) a été créée officiellement à Cernay. L'association, qui compte sept membres autour de son président, Claude Onimus, entend poursuivre plusieurs objectifs : informer la population et les élus locaux sur la Mission du plein Evangile-Porte ouverte chrétienne (Poc), mais aussi écouter et conseiller les éventuelles victimes.
Tous les membres de l'AVIPOC ont des raisons très personnelles de se lancer dans cette bataille. Claude Onimus le premier, qui a eu littéralement sa famille anéantie. Cet homme âgé de 49 ans vit aujourd'hui seul avec ses deux garçons de 14 et 15 ans. Sa femme Dominique et ses deux jumelles âgées de 3 ans vivent de leur côté, dans ce qu'il décrit comme « un système communautaire et chaleureux où les problèmes n'exis¬tent plus. Tout est confié à Dieu ». Quant aux autres membres, ils s'estiment pour la plupart victimes de la Porte ouverte : soit ce sont des anciens adeptes, soit certains membres de leur famille ont rejoint ce mouvement qui compte près de 2000 adeptes dans le secteur de Mulhouse-Bourtzwiller, où s'est installé Jean Peterschmitt, 72 ans, fondateur et pasteur de la Poc.


Apporter un témoignage
« Nous voulons nous battre contre les dirigeants de la Mission mais nous ne mettons pas en doute la sincérité et la valeur humaine de la grande majorité des adeptes de la Porte ouverte chrétienne », précise Claude Onimus, avant d'ajouter : « Nous voulons aussi, par le biais de l'association, que les langues se délient un peu, et que des personnes acceptent d'apporter leur témoignage ».
Autant d'éléments que Claude Onimus ajoute à son dossier pour que la Porte ouverte chrétienne soit enregistrée par la Commission interministérielle de lutte contre les sectes. Pour cela, l'association travaille en partenariat avec le Centre de documentation, d'éducation et d'actions contre les manipulations mentales (ou centre Roger Ikor), mais également avec l'Unadfi (Union nationale des associations de défense de la famille et de l'individu) et Infos-Sectes.
Enfin, l'AVIPOC soutient toutes les actions entreprises en vue d'obtenir, dans les meilleurs délais, la création d'un délit de manipulation mentale, délit non reconnu par la loi aujourd'hui.
De son côté, la Fédération protestante de France rappelle qu'elle ne reconnaît pas la Porte ouverte chrétienne.

CONTACTER
Association de défense des victimes de la Porte ouverte chrétienne de Mulhouse/Bourtzwiller, BP 28, 68701 Cernay. Tél.: 03.89.39.70.63. Fax : 03.89.39.87.17.

 

 

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 Les enquêtes des New's Dill de juillet 1999

 

 

Porte ouverte aux excès

D'anciens fidèles de la Porte Ouverte Chrétienne évoquent des dérives sectaires

 

Affiches, « évangélisation » sous tente, émission de radio à Mulhouse : la Mission du plein évangile - la Porte ouverte chrétienne, église pentecôtiste, occupe le terrain en Alsace. Ce mouvement fondé par Jean Peterschmitt, pasteur autoproclamé résidant à Pfastatt, compterait au moins 2 000 membres au total.
Les autres pasteurs, « proclamés » par Jean Peterschmitt, sont pour la plupart des membres de sa famille. Basée à Mulhouse-Bourtzwiller, la Porte ouverte chrétienne (POC) est présente notamment à Strasbourg, en Allemagne et même à Kourou en Guyane.
Depuis 1987, la POC regroupe une association cultuelle et une association culturelle, « de bienfaisance ». Cherchant à revivre l’existence des premiers chrétiens, les pasteurs de la POC pratiquent l’imposition des mains aux malades « parce que Jésus lui-même l’a fait ». Dieu, directement ou par leur intermédiaire, aurait ainsi guéri plusieurs personnes ayant rejoint l’église. Du cancer ou du sida, de la cleptomanie ou de la myopie, voire « de l’homosexualité
» (sic). « Mais nous ne demandons jamais à une personne d’arrêter un traitement, affirme Siegfried Schelske, pasteur de la POC à Strasbourg. Ce sont les fanatiques qui font ça. Nous ne sommes pas des guérisseurs. Dieu seul peut agir. » Le miracle n’est donc pas garanti ; néanmoins ce sont sans doute les témoignages (difficilement vérifiables) de personnes guéries ou libérées de divers vices et de couples réconciliés qui attirent des fidèles.
Abus de confiance. Leurs tracts l’affirment : la POC n’est pas une secte et « n’a rien de commun avec des groupes tels que les Témoins de Jéhovah ou les Mormons ». En effet, elle ne figure pas dans le rapport parlementaire de 1995. Mais, depuis plusieurs années, d’anciens membres accusent le mouvement de dérives sectaires et autocratiques. Ils parlent d’abus de confiance, d’exploitation financière, de comportement autoritaire du « clan » Peterschmitt, qui refuserait toute critique.
Selon Suzanne Clauss du CCMM, « les personnes qui quittent la Porte ouverte après y avoir passé plusieurs années n’arrivent plus à penser par elles-mêmes ». M. Schelske assure, lui, que les pasteurs n’imposent pas de règles de vie strictes aux fidèles. D’après lui, ceux-ci peuvent quitter librement l’association : « Il leur suffit de nous informer de leur décision par courrier. »
La Fédération évangélique de France reste méfiante à l’égard des guérisons et du culte pentecôtiste, très exalté, qui, par certains aspects, n’est pas sans rappeler le style des télévangélistes américains. « Cependant, nous n’avons pas entendu parler de pratiques répréhensibles », reconnaît le pasteur Gérard Dagon. Philippe Levallois, responsable de l’antenne diocésaine, Evolutions religieuses et nouvelles religiosités, est lui convaincu d’une dérive sectaire et totalitaire. Il considère que les pasteurs autoproclamés ont tendance à abuser de leur ascendant. Mais il reste prudent : « Ce n’est pas parce que les fidèles donnent de l’argent à cette église qu’il y a forcément manipulation mentale ! » Jusqu’ici, les plaintes déposées ont été classées sans suite faute de preuves, et le mouvement a continué à prospérer. Mais le fisc s’intéresse de près aux conditions d’acquisition par la POC d’un local à la Meinau.
M. Schelske ne semble guère s’en inquiéter : « A la Porte ouverte, il n’y a pas de magouilles », assure-t-il entre deux citations de la Bible.
 

VINCENT ARQUILLIÈRE

 

 

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